A travers les archives médiévales de la principauté savoyarde
Auteur : Nicolas CARRIER - Niveau de lecture : Tous publics

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Les archives de l’administration centrale

Intéressant l’histoire de l’ensemble de la principauté savoyarde, y compris le Piémont, la documentation laissée par l’administration centrale n’a pas été cédée à la France en 1947. Elle est donc consultable à l’Archivio di Stato de Turin. Toutefois, des microfilms, d’une qualité inégale, en ont été faits, qu’on peut consulter aux Archives départementales de la Savoie et de la Haute-Savoie.

La comptabilité centrale répond à la même logique que la comptabilité locale, c’est-à-dire qu’elle vise à permettre la vérification de la gestion personnelle des agents du pouvoir. La typologie des comptes dépend donc moins de la nature des rentrées et des sorties qui y sont consignées que des officiers qui sont chargés de les ordonner.

Les comptes de l’Hôtel

Conservés depuis 1269, les comptes de l’Hôtel des comtes de Savoie sont les plus anciens documents comptables centraux qui nous soient parvenus. Dès le départ était tenue une double comptabilité : recettes et dépenses étaient notées quotidiennement sur des rôles journaliers, (rotuli hospitii domini), puis récapitulées toutes les trois semaines ou tous les mois sur des comptes (computi) synthétiques. Ces derniers présentent d’abord les recettes, puis les dépenses. Les premières sont formées essentiellement des versements des receveurs et trésoriers généraux ou d’officiers inférieurs. Les secondes correspondent à l’achat des denrées alimentaires nécessaires à la vie de l’hôtel, aux dépenses de voyage et de messagerie et aux dons et pensions.

Pour les XIVe et XVe siècles, on a conservé également, outre les comptes périodiques mis au net, de nombreux cahiers journaliers des dépenses de bouche, mais également des comptes thématiques aussi variés que les comptes de vins, les comptes de la semoule tirée du blé reçu pour l’hôtel, les comptes des voyages du comte et de sa famille, ceux des ambassades et missions diverses, ceux de l’entretien de la Sainte-Chapelle du château de Chambéry et de son personnel, ceux gages des archers de la garde, etc.

Au cours du XIVe siècle apparaissent les comptabilités séparées des hôtels de la comtesse et des enfants du comte, à mesure qu’ils se séparent de l’hôtel comtal.

Les comptes des receveurs et trésoriers généraux

La série des comptes des receveurs et trésoriers généraux de Savoie commence en 1297, sous le règne d’Amédée V. Elle représente vraiment le noyau central des archives de la Chambre des comptes savoyarde. Entre 1440 et 1492, l’apanage de Genevois-Faucigny a son trésorier général, qui a laissé une série de comptes très complète.

On se souvient que la tâche principale des receveurs est l’audition (vérification) des comptes de châtellenie. Les comptes qu’ils ont eux-même laissés sont d’abord le reflet de cette activité. C’est ainsi qu’au commencement du XIVe siècle, il n’y a d’exercice régulier ni pour les comptes de châtellenies, ni pour les comptes des receveurs. A ce moment-là en effet, selon toute vraisemblance le comte de Savoie n’ordonnait de vérification de la comptabilité de ses châtelains qu’à mesure qu’il avait besoin d’argent pour financer ses entreprises guerrières et qu’il se trouvait donc dans la nécessité de percevoir le bénéfice laissé par la gestion des châtellenies.

Puis, à mesure qu’on avance dans le XIVe siècle, les exercices comptables deviennent réguliers. De même, l’organisation des rubriques se stabilise. Les deux principales rentrées enregistrées sont d’une part la perception du revenant-bon des châtellenies (preysie castellaniarum), de l’autre la recette des subsides levés, eux-aussi, dans le cadre des châtellenies, une fois déduites les dépenses de perception (subsidii).

A quoi il faut ajouter un certain nombre de recettes casuelles qui ont été perçues directement par le receveur et non par un châtelain, en raison de leur caractère exceptionnel ou du rang social élevé du contribuable concerné. Ce sont des compositions judiciaires diverses (compositiones criminales, compositiones super multis, compositiones et excheute) ; des affranchissements achetés à grands frais par des hommes tailliables dont la fortune personnelle et les espoirs d’ascension sociale sont devenus incompatibles avec un statut servile (affranchimenta) ; les dons ou les prêts, généralement forcés, accordés par des officiers (mutua super officiis) ou des communautés urbaines ou rurales (alia mutua, dona) ; les concessions ou renouvellements de franchises à titre onéreux (concessiones franchesiarum et privilegiorum) ; toutes les recettes exceptionnelles enfin, celles qui ne ressortissent à aucune des rubriques susmentionnées trouvant place dans les forissete.

Quant aux dépenses, effectuées sur ordre du prince, elles ne donnent pas lieu à des rubriques aussi clairement organisées. Les deux postes principaux sont les dépenses de guerre et de diplomatie, et les versements effectués au profit des hôtels princiers, dans lesquels les historiens de l’alimentation ou de l’artisanat trouveront une mine d’informations.

Mais par leur nature, les comptes des receveurs et trésoriers généraux sont surtout utiles à qui s’intéresse à l’histoire des couches dominantes de la société : nobles, officiers, grande bourgeoisie urbaine.

Les protocoles des notaires et secrétaires

En ce sens, ils sont proche d’une autre source qui n’est pas directement comptable, mais qu’on ne peut se dispenser de mentionner, tant elle complète bien les archives de la Chambre des comptes : l’Archivio di Stato de Turin conserve, pour les XIVe-XVe siècle, plus de 300 registres de minutes, ou " protocolles " laissés par les notaires-secrétaires attachés à la personne du prince. On y trouve des reconnaissances d’hommages, des investitures de fiefs, des constitutions d’offices et nominations d’officiers, des sentence de grâce et de rémission, ainsi que quelques minutes de la correspondance princière. Un utile index des personnes et des lieux concernés permet de s’y retrouver sans trop de mal.

Les autres comptes centraux

Les comptes des trésoriers des guerres sont conservés depuis 1321. Complétés par les comptes du maître de l’artillerie et par des comptes de fournitures aux armées, ils sont évidemment très riches d’informations pour l’histoire militaire.

Il faut mentionner encore les comptes particuliers relatifs aux travaux réalisés dans divers châteaux, notamment les comptes regardant les travaux du château de Chambéry ainsi que la construction et l’entretien de la Sainte-Chapelle (1321-1497). Parmi les autres châteaux concernés, on note entre autres : Le Bourget, Faverges, Les Marches, Montmélian, Annecy, Bonneville, Ripaille, etc. Sur ce point, on n’oubliera pas de consulter aussi la rubrique opera castri des comptes des châtellenies concernées.

Pour être complet, on évoquera enfin l’existence de quelques comptes des recettes des moulins, de comptes de vignes (dépenses et recettes des vendanges, à Tresserve ou au Bourget notamment) et des comptes des fermes des étangs.

Compte du receveur des vins pour le compte de Savoie dans les lieux de Montmélian et les Marches, 1317-1319. AD de la Savoie, SA 9586

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