L'aventure architecturale des sations de sports d'hiver
Auteur : Jean-Pierre HARDY - Niveau de lecture : Tous publics

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5. Courchevel, une démarche toute nouvelle

Le rapport de la commission a souligné l'intérêt que pourrait représenter un vaste domaine skiable couvrant les trois communes de St Bon, les Allues et St Martin de Belleville. C'est l'ensemble " des Trois vallées " . Dans les difficultés et l'espoir de l'après-guerre, le conseil général de la Savoie veut donner un signal fort : créer de toutes pièces une station de ski de haut niveau pour attirer la clientèle internationnale. Cependant, s'agissant d'argent public, on donne à cette station une vocation sociale.

Des trois communes concernées , essentiellement rurales, c'est St Bon qui parait la mieux disposée à se lancer dans l'aventure.

Une équipe est constituée pour étudier ce projet. Maurice Michaux, ingénieur des Ponts en poste à Chambery en sera le moteur administratif. Laurent Chappis, urbaniste en assurera la conception. Les deux hommes se sont connus en captivité et avaient déja imaginé ce que pourrait être une station moderne. Pour L.Chappis qui connait bien la topographie de la commune, le replat du Tovet, à 1850 m est le site idéal pour cette implantation. A cette altitude, les alpages sont communaux . D'autres terrains privés sont acquis à l'amiable. Il n'y aura pas de problème foncier. Le site, en partie boisé, où l'on ne trouve que quelques rares granges, laisse une grande liberté de conception. Chappis va faire une règle du respect de ce site : II s'agit d'un versant exposé au nord, à peine effleuré par le soleil. Le relief permet la séparation des circulations automobiles et des skieurs, lesquels peuvent regagner leur logement skis aux pieds. La hauteur des constructions ne doit pas dépasser celle des arbres. La convergence des pistes et des remontées mécaniques se fait dans un espace central appelé "grenouillère". Les différents quartiers habitables sont clairement délimités et forment des lotissements dont le cahier des charges définit précisément la volumétrie.

Jeune architecte, Denys Pradelle que des raisons de santé ont amené à la montagne, est chargé d'assurer localement le suivi de l'opération. II choisit d'aller aussitôt résider avec son épouse à Courchevel, à proximité de la future station. Avec quelques autres il fonde sur place "l'Atelier de Courchevel". Imprégné des idées de Le Corbusier et de la Charte d'Athènes, il analyse parfaitement le nouveau programme, les conditions climatiques du lieu et les conditions économiques qui sont celles d'une période de pénurie. Le produit de cette réflexion est une architecture que l'on appelerait aujourd'hui bioclimatique, architecture de vérité dont la simplicité n'est enrichie que par le jeu parfait des proportions. Ces constructions sont des prototypes mais l'atelier n'a aucune exclusivité sur l'ensemble de ce qui se réalise par ailleurs.

En favorisant l'installation sur place d'un atelier d'architecture, et en faisant controler étroitement les projets par l'urbaniste de la station, Courchevel a pu être dotée d'une grande unité architecturale; de plus, la chance a voulu que cette remarquable équipe d'architectes dégage, en participant à la vie quotidienne de la station, les principes d'une nouvelle et belle architecture de montagne (toits presque plats, volumes cubiques, revêtements de bois, usage de larges pans vitrés...) L'école de Courchevel marquera pour longtemps l'art de bâtir en montagne.

G.CUMIN

A.A.126 (juin juil.66)











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