L'architecture rurale des pays de savoie
Auteur : Paul GRILLET - Niveau de lecture : Scientifique

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Introduction

La Savoie est trop variée pour offrir un seul type architectural.

Espace de cohésion – humaine, géographique, économique, culturelle -, chaque "pays", réalité vécue, vieille de plus d’un millénaire, se distingue – entre autres – par une architecture particulière, caractéristique de ses moyens, de ses besoins et de sa culture.

Les Savoyards ne pouvaient manquer d’utiliser dans leurs édifices la pierre des montagnes, des cailloux et galets roulés des torrents et rivières mais aussi le bois des forêts en tenant compte bien entendu de l’exposition et de la situation en altitude, d’où la distinction essentielle entre la maison des plaines et des cluses, la maison-chalet et le chalet, tout ceci n’est pas un monopole savoyard mais vécu ici d’une manière originale. En tous les cas, le chalet "suisse" est une invention aussi moderne qu’atypique (n’existant même pas en Suisse !) mais parmi les caractéristiques locales citons le "grenier" ou petit chalet surélevé et isolé servant à remiser les objets "précieux" (vêtements, papiers, aliments essentiels) au dessus des rongeurs et hors des risques d’incendie.

Les édifices correspondent aux besoins essentiels de la société rurale que sont l’habitat, la grange, l’écurie ; de ce fait leurs importances relatives varient selon les lieux plus ou moins riches en cultures ou en élevage. Jusqu’au milieu du XIXe siècle, on n’osa jamais adopter complètement ce dernier alors que par la suite, il ne cessa de se développer au point de constituer actuellement l’essentiel de l’activité agricole. La viticulture constitue aussi un facteur déterminant de l’architecture avec l’importance donnée à la cave du rez-de-chaussée obligeant le paysan à vivre à l’étage accessible par un grand et ostensible escalier extérieur.

La "cohabitation" bétail-individus n’a jamais été générale et ne se trouvait que dans certains lieux bien précis comme dans les hautes vallées et encore limitée aux mois d’hiver et même à certains moments en particulier à la veillée.

Autre difficulté historique, les maisons rurales les plus anciennes de Savoie ont deux siècles d’ancienneté, trois au plus pour quelques unes d’entre elles. De ce fait, parler d’un habitat traditionnel peut être facilement erroné car on connaît mal les "vieilles" architectures alors que d’un autre côté l’urbanisation et l’étatisation ont beaucoup conditionné les évolutions : ainsi l’établissement de la loi dite des portes et fenêtres sous le régime français ou l’obligation imposée par les assurances à la fin du XIXe siècle de remplacer les toitures en chaume par des tôles. La société contemporaine n’a fait qu’imposer ses contraintes inévitables (standardisation des matériaux, individualisation des lieux d’habitat, séparation accrue de ces derniers et des bâtiments agricoles, etc…).

La distinction fondamentale est bien sûr entre l’architecture à dominante de bois typique des pays de Savoie du nord et celle à dominante de pierres du sud, de l’avant-pays et de l’est, avec bien entendu une série presque infinie de nuances, d’intermédiaire et d’originalité (comme les maisons de pisé de l’avant-pays bugiste)

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