Grands barrages des Alpes de Savoie
Auteur : Maurice MESSIEZ- Niveau de lecture : Tous publics

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Les grands aménagements d'EDF en Tarentaise.

Tignes


Le barrage de Tignes l'hiver. Photo H. BARTHELEMY.

C'est en 1930 que naît l'idée d'aménager un bassin de compensation non loin des sources de l'Isère. L'ombilic de Tignes est retenu, mais les premiers sondages n'ont lieu qu'en 1942 dans la discrétion, pour ne pas inquiéter les habitants : on parle alors de la galerie de La Gurraz, dont les travaux permettent d'accueillir nombre de réfractaires, voire de réfugiés, et se poursuivent jusqu'à la Libération. Avec les énormes besoins en énergie de l'après-guerre et grâce à la puissance d'EDF, la mise en chantier du grand barrage est ensuite rapide. Pendant 7 ans, la haute vallée de Tarentaise va vivre pour et par le barrage, surtout, bien sûr, les Tignards qui, avec l'élévation de la voûte à laquelle ils travaillent, comme tous les habitants des villages voisins, voient diminuer le temps de vie de leur village. Cette voûte arasée à 1792 mètres, véritable arc cylindrique vertical d'un rayon de 150 mètres et de 295,5 mètres de développement, haute de 180 m, dont 160 au-dessus du lit de l'Isère, est est arrimée à deux culées rectilignes en barrages-poids sur chacune des rives. Les progrès réalisés à l'époque ont fait que cette voûte n'a nécessité que 630 000 m3 de béton, soit 50% de moins qu'un  barrage- poids. Le débit de l'Isère étant réduit à cette altitude, il n'a pas été aménagé de déversoir pour absorber les crues : les deux conduites de vidange, à 1636 mètres, jointes à la capacité d'une tranche d'eau de 2 mètres laissée au-dessous de la crête, suffisent à assurer la sécurité face à des crues exceptionnelles.

Le  bassin d'alimentation, 171 km2, et le débit moyen, 6 m3, étant nettement insuffisants, on a capté et conduit par des galeries nombre de torrents, le Nant du Clou, le Nant Cruet, rive droite, le Ponturin et la Sachette, rive gauche, coulant plus à l'aval, à condition de réaliser la prise d'eau au-dessus de 1 790 mètres, cote maximale de la retenue. Et l'on a même été quérir de l'eau en Maurienne puisque une galerie de 12 kilomètres, creusée sous l'Iseran depuis l'Ecot, amène une partie des eaux de l'Arc naissant.  Il semble bien, selon des témoignages, que c'est dans la grande galerie de 16 kilomètres passant sous le Mont-Pourri pour amener l'eau à la conduite forcée de la centrale de Malgovert, qu'a été expérimenté pour la première fois un "jumbo" perforant plusieurs trous en même temps avec arrosage de la roche.

Outre la centrale de Malgovert située à Séez, dont les 750 mètres de chute fournissent 660 GWh, ont été aménagées : celle des Brévières au pied du barrage, 233,5 mètres de chute, puis, après la surélévation du lac naturel de la Sassière à 2440 mètres d'altitude par une digue de 16 mètres de haut, une autre centrale, dite du Saut,  dont les eaux, rejoignant ensuite celles des torrents du Cruet et du Clou sont encore, après une chute de 416 mètres, turbinées à l'usine du Chevril proche du barrage.


Le barrage de la Sassière, avec en arrière-plan un "glacier gris". Photo Maurice MESSIEZ.

Si Tignes a été le plus grand réservoir français de haute montagne, la centrale la plus importante des Alpes, la plus grande voûte du monde, la plus haute après le Boulder Dam (Etats-Unis d'Amérique), il représente la fierté d'une France jeune, enthousiaste, qui veut gagner ; à ce monument national, on a néanmoins sacrifié un village dont les ruines, au moment des vidanges du lac, sont devenues un lieu de pélerinage

Barrage d'Aigueblanche

Bien que d'autres importants ouvrages aient été envisagés en Tarentaise, il faut descendre plus de 60 km à l'aval pour rencontrer un ensemble hydro-électrique considérable avec le barrage d'Aigueblanche qui est édifié en 1954, au lieu dit "les Echelles d'Hannibal", pour barrer le lit de l'Isère. Afin de remédier à la faible hauteur de chute dans la vallée même, les eaux sont envoyées par une galerie à Randens en Maurienne, où les 154 mètres de dénivelée permettent d'obtenir 500 GWh. Si la longueur de cette galerie de 6,25 mètres de large est relativement courte, 12 kilomètres, la forer sous le Grand-Arc  paraissait audacieux. En bien des points l'œuvre fut novatrice : par l'utilisation d'un jumbo perçant 75 trous à chaque volée, par l'électrification de tout le matériel de traction, par le marnage à la pelle électrique et par les solutions apportées pour assurer une ventilation sous près de 2000 mètres avec des températures approchant les quarante degrés. A cela s'ajoute l'idée d'avant- garde de creuser une caverne pour aménager la centrale afin de diminuer les "coups de bélier" entre les turbines et la cheminée et d'éviter de l'installer sur la couche d'alluvions de la vallée de l'Arc.

La Coche

Dix-sept ans plus tard, alors que des centrales nucléaires commencent à produire un excès de kw en heures creuses, on pense que pour expérimenter une première Station de Transport d'Energie par pompage avec une haute chute, le site de La Coche,situé à 900 mètres au-dessus d'Aigueblanche, convient bien à la mise au point de la turbine et de l'alternateur de cette technologie compliquée. Les travaux commencent en 1972, la topographie de la cuvette, perméable, est remodelée, on l'enduit d'un revêtement étanche pour en faire une immense piscine ovale de 475 mètres de long sur 275 de large afin d'accueillir 2 millions de mètres cubes d'eau. Cette eau, on va, par des galeries, la chercher dans la vallée de l'Eau Rousse, celle des Belleville et le Val Morel. Six ans plus tard, La Coche peut injecter 320 MW en quatre minutes aux heures de pointe puis se remplir aux heures creuses.


La grande piscine du barrage de La Coche un soir d'hiver. Photo Maurice MESSIEZ.

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