Le Pays de Gex
Auteur : Lucien CHOUDIN - Niveau de lecture : Tous publics

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2-de l'époque romaine à 1601

L'administration romaine et le monde gaulois.

Ayant contraint les Helvètes à regagner le plateau suisse qu'ils tentaient d'abandonner, César décida d'utiliser la position stratégique de la région sise entre le défilé de l'Ecluse, la rivière Aubonne, le Jura, le Léman et le Rhône et fonda entre -50 et -40 la Colonia Julia equestris avec pour capitale Nyon. La campagne fut cadastrée, divisée en centuries carrées de 710 m. de côté. Une partie de chaque parcelle était attribuée à un vétéran cavalier des armées romaines ou vendue à des particuliers, pour la défricher, la cultiver et y construire une maison. de -45 à +50 la villa apparaît comme l'élément principal de l'aménagement de l'espace rural. Puis à partir du 1er siècle ap. J.C. apparurent les villas esclavagistes, bâtiments de grande taille sur des domaines de plus de cent hectares.

Si la photographie aérienne permet de retrouver les traces de la cadastration, seule la toponymie révèle les traces des voies romaines comme les noms des villae. Les vestiges les plus remarquables de cette époque relèvent de la grande maîtrise de l'eau qu'avaient les Romains. Ainsi l'aqueduc de Divonne destiné à approvisionner en eau potable la ville de Nyon.

L'économie de la colonie était fondée sur l'agriculture et l'élevage; le commerce très florissant avec le reste de l'Empire. Les pratiques religieuses romaines n'assimilèrent pas entièrement les divinités gauloises. La dislocation de l'empire romain amorcée dès le Sème siècle aboutit au Sème à la conclusion d'un accord entre le général Aetius et le peuple burgonde qui adoptant Genève comme capitale s'installa dans la Sapaudia.

Burgondes et Francs, l'avènement du christianisme

Plutôt soldats qu'agriculteurs, les Burgondes ont laissé peu de traces. De leur fusion avec les familles romaines sortit un royaume très hiérarchisé qui s'acheva en 534, annexé par les

Francs dont les cimetières qui en sont les seuls témoins archéologoques. La plupart des paroisses existaient déjà au début du IXème siècle.. Cette période qui s'étendit jusqu'en 888 avec les rois carolingiens a été marquée par l'avénement du christiannisme.

Le Royaume de Bourgogne. L'essor des terroirs.

L'empire carolingien se disloqua au IXe siècle et en 888 Rodolphe, descendant d'une famille bavaroise fut sacré roi par de hauts dignitaires des diocèses de Genève, Lausanne, Sion et Franche Comté. Ce royaume de Bourgogne était divisé en diocèces, comtés et pagi et administré par des évêques et des comtes : le Pays de Gex appelé pagus equestris dépendait de l'archevêché de Besançon et était rattaché au comté de Vaud.

La villa carolingienne restait le mode d'exploitation rurale, les domaines étaient répartis entre les grands du royaume. Les communautés religieuses qui se développèrent ensuite de la forte poussée démographique de l'époque reçurent des puissants de nombreux biens, créant ainsi des prieurés autour desquels se rassemblaient des familles de paysans. Les toponymes traduisent cette grande phase de conquête et de défrichement (Les Villards, Les Rutets, Roussets et autres Eterpets).

L'affaiblissement du pouvoir royal entraîna l'apparition des seigneuries indépendantes et des villages groupés autour de leur seigneur.

Le Comte de Genève devint ainsi maître de la région avant de devenir en 1045 le vassal de l'empereur du Saint-Empire romain germanique.

Le Comté de Genève. L'indépendance des églises.

Le comte maintenait sa domination par la force et se rendait avec sa cour dans les châteaux stratégiques qu'il avait intégré à son domaine personnel. En 1137, l'un de ses agents fiscaux Hugon de Gex témoigna en sa faveur, affirmant ainsi qu'entre 1124 et 1137 le comte s'était emparé du château de la famille de Gex et y avait placé un vidomme (vice dominus)

choisi dans cette même famille.

A cette époque, l'influence de l'église allait en s'affirmant et les querelles entre évêques et comtes étaient fréquentes. La lèpre, venue d'Orient, s'étendit au temps des Croisades et des villages entiers, à l'écart des habitations, furent réservés aux malades (les maladières).

Au XIIe siècle, la montagne se peupla par la création de deux abbayes cisterciennes : Bonmont en 1123 (canton de Vaud) et Chézery en 1140. Les moines mirent en place le premier système connu d'exploitation de la montagne.

La Baronnie indépendante

Dans un contexte local de concurrence, Amédée, un cadet de la famille des comtes de Genève, conquit les terres de la rive droite du Léman et érigea une baronnie indépendante.

Au XIII° siècle, la seigneurie de Gex s'étendait du pont de Bargen sur l'Aar (canton de Berne) à Chatillon en Michaille. Elle comprenait une dizaine de châteaux : Gex, Divonne, La Bâtie, Horimont (Gex), Flies, Pouilly, St Jean de Gonville, Pougny, Ecorans, Pierre, la Cluse de Gex (Collonges), répartis sur la frontière et sur le chemin du pied du Jura.

L'indépendance du Pays de Gex se maintint dans un contexte de guerres sporadiques pour le contrôle des débouchés des cols alpins. A la mort d'Amédée II de Gex, sa fille aînée Léonète hérita de la baronnie et dut épouser Simon de Joinville, beau-frère de Pierre de Savoie. A la mort de celui-ci dont la fille Béatrice de Faucigny avait épousé Guige Dauphin de Viennois, les Joinville se trouvèrent dans un inextricable jeu d'alliances. Leur choix définitif du camp delphinal aboutit, en 1355, à la conquête de la baronnie de Gex par Amédée de Savoie. Cette annexion garantit près de deux siècles de paix et l'évolution du pays (hormis les particularités locales) fut à l'image de la Savoie.

Au cours du XV° siècle, l'influence économique de Genève, phénomène ancien, devint plus importante. Les villages les plus proches de la ville bénéficiaient davantage de son influence : implantations de "campagnes" à Ferney ou Prévessin, enrichissement au contact des marchands à Gex ou Segny.

Mais les tensions qui s'installèrent à l'époque entre le Duché et Genève aboutirent en 1536 à l'invasion par les Bernois venus au secours de leurs alliés genevois.

Le 30 janvier 1536, Hans Franz Naegeli à la tête des armées bernoises investit Divonne et Gex. Les châteaux de Gex, Grilly, Allemogne, la maison forte de Fernex qui appartenait à Sébastien de Monffalcon évêque de Lausanne furent brûlés. L'épouvante des Gessiens fut grande et au printemps Berne était maîtresse du pays de Gex. Son administration fut confiée à un bailli nommé pour six années et responsable devant le Grand Conseil de Berne. Six baillis se succédèrent de 1536 à 1567, tous appartenaient à de grandes familles bernoises. Ils conservèrent les structures judiciaires et administratives, confirmant dans leurs droits les seigneurs locaux et les acquits anciens des communautés; seule la seigneurie de Fernex, bien ecclésiastique, fut vendue à Hugues bâtard de Gingins.

A la conquête militaire et politique succéda la conquête religieuse. La Réforme fut imposée à l'automne 1536. Deux édits de réformation, un synode du 13 mai 1537 créèrent 13 paroisses desservies par 14 ministres et un diacre.

Les biens d'église, dîmes, cures, etc... furent sécularisés par l'état bernois qui dès 542 les vendit la plupart du temps au nobles gessiens.

La taille dite "bernoise", recensement fiscal nous a donné une bonne image du Pays de Gex en 1550. Le bailliage comptait 2233 feux soit 10.000 habitants groupés en villages de moins de 200 h. pour la plupart. Gex comptait 123 maisons et 700 h.

Le duc de Savoie engagea les hostilités contre Genève dans l'été de 1585. Pris, repris, le Pays de Gex fut systématiquement pillé par les troupes ducales et genevoises. Celles-ci, avec l'appui de Henri IV occupèrent finalement le pays jusqu'au traité de Lyon le 17 janvier 1601 qui consacra la défaite savoyarde mais concéda le Pays de Gex à la couronne de France.

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