Le gothique en Savoie et Haute-Savoie
Auteur : Michèle et Edmond Brocard - Notes

VIRIGNIN, Chartreuse de Pierre-Châtel (Ain)

Le Comte Vert Amédée VI affirma sa puissance en 1362 par la création de l’ordre chevaleresque du Collier. Les colliers des quinze premiers chevaliers furent fabriqués en Avignon en janvier 1364 par des orfèvres italiens, lors du serment d’Amédée VI au pape. Inspiré par le Révérend Birelle, prieur de la Grande-Chartreuse, et son conseiller spirituel, Amédée VI fonde fin février 1383 un monastère de chartreux sur l’emplacement inexpugnable d’un vieux château fort du XIe cédé par l’empereur Henri IV au comte de Maurienne Amédée II. Quelques jours plus tard, parti en campagne à Naples meurt de la peste après avoir perdu la moitié de son armée. On ramène le corps d’Amédée VI à Hautecombe où il est sépulturé le 8 mai 1383. Clément VII détache le prieuré voisin d’YENNE de Saint Rambert-en-Bugey pour le rattacher à la jeune chartreuse, et c’est la veuve d’Amédée VI, Bonne de Bourbon, qui lance les travaux de 1393 à 1395, sous la conduite du prieur Guichard d’Angebiaco. Elle confie la construction de l’église siège de l’ordre à l’architecte Jean Robert de Genève qui a déjà travaillé pour elle à RIPAILLE dans les années 1388-1390. Jean Robert fait partie de l’important foyer de création architecturale qu’est alors Genève. Des maîtres lorrains, bourguignons, lyonnais ou avignonnais vont s’y succéder et essaimer en Savoie. Il construit le cloître, l’église conventuelle à nef unique et chapelles latérales.On trouve dans les comptes un Jean de Liège architecte, à ne pas confondre avec le tombier préfére de Charles V, ni avec le menuisier de la Chartreuse de Champmol de Philippe le Hardi en 1381-1400. Celui-ci, "maître des oeuvres du comté" sous Amédée VI, dirigea les travaux de Ripaille de 1383 à 1390 et réalisa en 1387 les stalles de Saint François de Lausanne. L’édifice, propriété privée, a relativement bien résisté aux injures du temps et aux déprédations. La façade en grandes pierres blanches assisées, prise dans les arcades du grand cloître des religieux, présente un portail simple entre deux gros contreforts, que surmonte un haute fenêtre à trois lancettes et remplage flamboyant. La haute nef de trois travées s’achève sur un choeur polygonal éclairé par trois minces baies à deux lancettes dont les vitraux ont disparu. Les nervures de la nef retombent sur des consoles ménagées dans les angles des arcs doubleaux et possèdent des clés de voûtes peintes. Les six ogives du choeur reposent sur des colonnettes moulurées et sont coupées à l’arc triomphal par de minces corbeilles dont la décoration est interessante quoiqu’inégale. Côté choeur, elles présentent des feuillages où règnent grappes et oiseaux aux ailes éployées. L’une est très fouillée, l’autre plus rustique, presque de facture romane. Côté nef, deux personnages servent de culots, l’un est peu lisible, l’autre est un joueur de vielle. Contre le mur nord de l’église ont été greffées vers 1434 cinq chapelles indépendantes, qui portent les armes d’Humbert de Romont bâtard de Savoie, 17ème chevalier de l’ordre. Elles s’ouvrent au chevet par une fenêtre semi-murée. Leurs murs portent des traces de peintures murales qui rappellent étrangement celles du château de La Rive à CRUET. L’eglise servit au culte jusqu’en 1601, en 1791 les moines partirent et la chartreuse fut transformée en forteresse. La famille de Savoie a toujours porté la plus grande attention à Pierre-Châtel. Amédée VIII y tint un chapitre de l’Ordre du Collier en 1409. Yolande de France et Amédée IX lui offrirent entre 1465 et 1470 les stalles sculptées portant leurs armes qui sont à présent dans l’église de YENNE.

PHOTO N° 23 (armorial) et dessin Brocard

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