Le gothique en Savoie et Haute-Savoie
Auteur : Michèle et Edmond Brocard - Notes

ANNECY, Eglise Saint-Maurice (H-S)

Le transi de Philibert de Monthouz (1458)

En 1418, le pape Martin V élu au Concile de Constance s’arrête à Annecy avec le cardinal de BROGNY (*22*) et décide d’y fonder un couvent de dominicains, ordre mendiant, ce qui se réalise en 1422. A la mort du cardinal-donateur, en 1426, l’église ne possède que deux travées de choeur et la base du clocher, et lors de sa consécration en 1445 sous le vocable de Saint-Nicolas, la nef est achevée mais n’est ni voûtée ni pourvue de chapelles latérales, chapelles construites de 1478 à 1510, au gré des donateurs successifs. La première, au sud, est fondée par le comte Janus de Genevois et son épouse Hélène de Luxembourg-Saint-Pol. Grandes familles du Genevois, bourgeois et corporations financent les travaux, comme chez les dominicains de Chambéry : les Lambert, Richard d’Alby, Menthon-Lornay, et Montfort. En même temps,une voûte d’ogives en molasse légère est lancée sur le choeur, portant à la première travée du choeur les armes du duc Charles Ier, grand bienfaiteur des dominicains, et de son épouse Blanche de Montferrat (1485-1500) et partout ailleurs celles de Jean Magnin, un bourgeois annobli natif de Cruseilles, mort en 1496. L’église est un vaisseau large et trapu de quatre travées d’ogives, prolongé de trois travées de choeur et quatre chapelles de part et d’autre. Le haut du clocher fut reconstruit en 1827 avec des matériaux provenant des décombres de l’abbaye Sainte-Catherine du Semnoz.

En 1955 on découvrit dans l’église deux peintures murales. Le transi de Noble Philibert de Monthouz, écuyer d’Améde VIII, châtelain d’Annecy, décédé le 10 août 1458, peinture à l’oeuf d’un réalisme saisissant, occupe la dernière travée du choeur à gauche. Il est traité en grisaille ou camaïeu gris rehaussé d’ocre dans un enfeu peint dans une perspective diagonale en trompe-l’oeil, avec dix pleurants encapuchonnées dans des logettes flamboyantes. Les pleurants, à l’instar de ceux du tombeau d’Ogier Moriset à SAINT-JEAN-DE-MAURIENNE (*31*), s’ils sont fréquents dans la sculpture du XVe siècle, sont plus rares en peinture. Le défunt est ici représenté étendu sur une large dalle aux bords moulurés. Il se présente comme les morts des danses macabres, sans suaire, semblable à une momie désséchée, effigie encore plus lamentable que celle du cardinal Lagrange à Avignon. De toutes les théories concernant l’auteur du transi, Sterling privilégie l’influence rhénane ou souabe de Conrad Witz ou de son disciple Le Maître de Sierenz et Pierre Quarré attribue l’ensemble au néerlandais Guillaume Spicre. Le défunt était cousin de Pierre II de Monthouz-Barrioz qui fit construire en 1491 sa "Maison de la Cour" à THONON en 1491. Le transi de Philibert de Monthouz, que l’on peut rapprocher de la dalle funéraire plus tardive du BOURGET-DU-LAC, évoque l’âme qui se dégage de la matière.

PHOTO N°26 (le transi de Monthouz)

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