Le gothique en Savoie et Haute-Savoie
Auteur : Michèle et Edmond Brocard - Notes

SAINT-JEAN-DE-MAURIENNE, la Cathédrale et son cloître (S)

Comme sa consoeur de Tarentaise, la cathédrale romane de la Maurienne a traversé les siècles. Au début du XVe siècle, elle était dans un tel état de délabrement que l’antipape Jean XXIII accorda en 1410 des indulgences à ceux qui contribueraient à sa restauration. Il fallut attendre le cardinal normand d’Estouteville, évêque commendataire de Maurienne, qui affecta les revenus de sa mense à la restauration que dirigea de 1452 à 1483 son vicaire général, le genevois Améde Gavit. La cathédrale romane fut conservée et transformée en un édifice gothique flamboyant couvert de voûtes d’ogives en bois à la mode normande. On lui doit aussi la flêche disparue du clocher et la reconstruction du cloître. L’évêque Etienne Morel qui lui succéda de 1483 à 1499 acheva la reconstruction. Il abattit l’abside romane et fit combler la crypte pour doter la cathédrale d’un choeur plus profond, l’actuel, dont la première pierre fut posée le 28 avril 1494, dont le beau chevet contraste avec la nef basse par sa structure élancée, ses hautes fenêtres à doublets ou triplets à remplages. Morel dota le saint des saints d’une réserve eucharistique ou ciborium, micro-architecture en dentelle d’albâtre ornée de statuettes d’ Evangélistes sous des dais à pinacles, terminé à Pâques 1497 et signé de Michel Vergès, de l’ensemble de stalles décorées du Credo des Apôtres et des Prophètes, qui fut achevé le 14 mars 1498, et de l’escalier assurant la communication entre les deux niveaux de la chapelle Sainte-Thècle.

Morel, grand bâtisseur, fit achever le cloître (et plus tard la galerie basse du cloître d’Ambronnay (Ain) qui renferme le mausolée de l’abbé Jacques de Mauvoisin, assez proche de celui de Moriset.

Le cloître de Saint-Jean a probablement servi de modèle à celui du BOURGET-DU-LAC, plus tardif. Bien appareillé de pierre blanche, il prend jour sur une cour centrale par une série d’arcades brisées polylobées supportant de trois en trois des massifs moulurés. Pour la première fois, on y généralisa les nervures d’ogives prismatiques qui sont un des caractères essentiels du gothique tardif que l’on retrouve entre 1450 et 1480 aux chevets des églises de la région annécienne.

La cathédrale renferme le mausolée de Mgr Ogier Morizet, sculpté par un imagier valdôtain, Etienne Mozettaz. C’est un monument de 3m de haut, à tombeau sarcophage où sont sculptés, pour remplacer les traditionnels pleurants, les familiers de l’évêque, logés dans leurs petites niches: trois chanoines en tenue ordinaire, trois en aumusse ou grande tenue de choeur, et le clavaire ou intendant. Le gisant est enclos dans un enfeu gothique dont les piedroits forment un arc en accolade terminé par un Père Eternel en haut-relief. Datable des années 1435-1440, le tombeau porte en abondance les trois feuilles de trèfle pédonculées signe deMoriset. Ogier Moriset, qui offrit à l’église Saint-Grat de CONFLANS un bras reliquaire en argent de très belle facture lorsqu’il était évêque d’Aoste, se fit édifier trois tombeaux, mais le sort en décida autrement car il fut sépulturé en 1441 dans la cathédrale de Bâle sous une simple dalle ornée de son gisant.

4 PHOTOS N° 31(ciborium, cloître, 2 tombeaux Morizet)

On peut rapprocher du ciborium de Saint-Jean-de-Maurienne deux autres pièces de cette micro-architecture de pierre propre au XVe siècle. Le repositoire de SALLANCHES, du XVIe siècle, édifice en pierre de Magland ouvragée, haut de 5,40 sur 1,10m, sur deux niveaux, le plus bas ayant servi de fonts baptismaux et le second de réserve eucharistique. Tout son intérêt réside dans sa virtuosité imaginative. L’artiste serait un franciscain du couvent de Cluses, auquel on doit peut-être aussi le magnifique bénitier de pierre de CLUSES, datable de 1520.

PHOTO N° 31 bis du bénitier de CLUSES XIXe

Retour au sommaire du dossier - Retour à la liste des dossiers - Retour sur l'accueil de Sabaudia