La maison de Savoie
Auteur : André PALLUEL-GUILLARD - Niveau de lecture : Documents

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VICTOR-AMEDEE II 

Né en 1666 de Charles-Emmanuel II et de Marie-Jeanne Baptiste de Savoie-Nemours

Successeur de son père en 1675, 15e duc et Ie roi de Sardaigne 

En  1684, il épouse sa cousine Anne d’Orléans (1669-1728) fille de Philippe d’Orléans (frère de Louis XIV) et d’Henriette d’Angleterre (nièce de Christine de France)

dont il a

1°/ Marie-Adélaïde (1685-1712), épouse de Louis de Bourbon, duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV.

2°/ Marie-Anne née et décédée en 1687

3°/ Marie-Louise-Christine (1688-1714), épouse de Philippe V de Bourbon, roi d’Espagne, petit-fils de Louis XIV, (qui se remarie ensuite avec Elisabeth Farnèse) 

4°/ Victor-Amédée (1699-1715), prince de Piémont

5°/ Charles-Emmanuel III, (1701-1773) 2e roi de Sardaigne

6°/ Emmanuel-Philibert né et décédé en 1705.

plus deux enfants illégitimes de la  comtesse de Verrua (née de Luynes) Victoire-Françoise (née en 1690, légitimée en 1701, appelée alors Mademoiselle de Suse) qui épouse en 1714 Victor-Amédée (3° prince de Carignan, lieutenant-général dans l’armée française et propriétaire de l’hôtel de Soissons à Paris) et Victor-François-Philippe, né en 1695, légitimé aussi en 1701, marquis de Suse

Au début, le jeune duc laisse gouverner sa mère officiellement régente, qui accentue encore la dépendance totale du duché vis à vis de la France, c’est ainsi que Louis XIV oblige Turin à persécuter les protestants du Piémont  en parallèle à  la persécution des protestants français (d’où l’exil d’une partie des Vaudois en Suisse et en Allemagne du sud), d’ailleurs le prince mal assuré a du mal à s’imposer à une partie de la noblesse et même à certaines villes comme Ceva et Mondovi.

En 1690, lors de la guerre de la ligue d’Augsbourg, Victor-Amédée rompt avec Louis XIV et s’entend avec l’Espagne et l’Autriche (où réside son cousin Eugène de Savoie) ce qui l’amène à se réconcilier avec les Vaudois qui reviennent d’exil (la célèbre «glorieuse rentrée». Cependant les attaques des Savoyards en Provence et en Dauphiné n’aboutissent à rien alors que les Français envahissent le Savoie et attaquent le Piémont  et Turin depuis Pignerol.

En 1693, il se réconcilie avec Louis XIV, qui renonce définitivement à l’Italie, en particulier à Pignerol  et officiellement au Milanais (pour mieux en écarter les Espagnols et laisser libres les ambitions de Victor-Amédée qui lui aurait alors cédé la Savoie en compensation) alors que parallèlement, ce dernier renonce (provisoirement) à Casale de Montferrat (aux mains  des Gonzagues pour mieux en écarter les Français) et pour symboliser l’entente, Marie-Adélaide de Savoie épouse le duc de Bourgogne, petit fils de Louis XIV.

En  1701, Victor-Amédée en mariant sa fille avec le nouveau roi d’Espagne, reconnaît le choix de Louis XIV pour son petit-fils mais  pour obtenir les agrandissements qu’il convoite, il renonce de nouveau à l’alliance française en 1703. Les Français réoccupent militairement et durement la Savoie, Casale, Asti et le Piémont central, mais Montmélian tient deux ans, Nice ne tombe qu’en janvier 1706 et le prince Eugène sauve in extremis Turin assiégé durant deux mois au printemps 1706. Même si secrètement Louis XIV promet cette fois le Milanais au duc, la guerre continue en Provence et dans la haute Doire jusqu’aux traités d’Utrecht et de Rastadt en 1713.

En 1713, il récupère Nice et la Savoie, mais surtout il reçoit la Valsesia, la Lomelline, le Montferrat, Alexandrie et surtout la Sicile et le titre royal, et s’empresse d’aller se faire couronner à Palerme mais cinq ans plus tard, la pression des Grandes Puissances et surtout le revirement de son ex-gendre le roi d’Espagne l’obligent  à échanger sa dernière acquisition avec la Sardaigne, même s’il conserve le titre royal. La Sicile revendiquée par l’Espagne passe à l’empereur Habsbourg, mais Philippe V reçoit Parme, Plaisance et la Toscane.

Après 1720, revenu de son bellicisme d’antan, il s’occupe dorénavant de la réforme intérieure de ses Etats. Très autoritaire, très pragmatique, secret et volontiers sceptique sur ses parents et contemporains, très solitaire et  sans grand principe  ni  intelligence intellectuelle, Victor Amédée est le créateur de l’ absolutisme bureaucratique, mettant les collèges et l’université de Turin sous sa coupe, obligeant les étudiants de ses Etats à venir étudier au collège des provinces de Turin, organisant et régularisant, un conseil d’Etat de 8 membres mettant les principales villes sous le contrôle de vicaires de police, installant dans les provinces des intendants pour appliquer ses décisions et mater la noblesse (d’épée) en la noyant dans une noblesse de robe dévouée à la monarchie, rompant avec Rome pour mieux imposer ses volontés «gallicanes» au pape. Enfin et surtout, il crée de nouveaux ministères spécialisés (Affaires externes, affaires internes, guerre) et des «agences» techniques comme celles des finances, de la solde, de l’artillerie, de la maison royale…

En 1723, il publie ses Royales Constitutions (code Vittoriano) « pour donner des lois faciles et claires à ses peuples». et enfin il ordonne la cadastration générale de son royaume, première entreprise du genre en Europe afin de rentabiliser au mieux l’impôt foncier et y assujetir la noblesse et le clergé.

Quoique peu ouvert aux lettres et aux arts, il en comprend l’intérêt politique. Il confie à l’architecte Juvarra qu’il a ramené de Sicile, la charge d’embellir Turin d’où en 1714  la construction de la basilique de la Superga, en 1718 le réaménagement du palais Madame pour la reine mère et enfin en 1729 le pavillon de chasse de Stupinigi. Mais sa meilleure œuvre n’est-elle pas la création de la bibliothèque de l’université de Turin.

En 1729, il épouse morganatiquement Anne-Thérèse Canelli, marquise de Spigno, en compagnie de laquelle il se retire à Chambéry après avoir abdiqué en 1730. Cependant déçu par son fils, il essaie de revenir sur son abdication et de reprendre le pouvoir l’année suivante, ce qui lui vaut d’être arrêté et de mourir dans l’isolement et la tristesse à Moncaliéri en 1732. (inhumé à la Superga)

 

Bibliographie essentielle :

CARUTTI (D.)  : Storia del regno di Vittorio Amedeo. Florence, 1863.

QUAZZA (G.)  : Le riforme in Piemonte nella prima metà del Settecento. Modène, 1957.

SYMCOX (G.)  : Victor Amedeus  2, absolutism in the savoyard state 1675-1730, Londres, 1983.  trad italienne  Turin, 1985 et  1989

MONCASSOLI TIBONE (M.L.)  : Vittorio Amedeo II dalla storia all’imagine  Turin, 1991.

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