La maison de Savoie
Auteur : André PALLUEL-GUILLARD - Niveau de lecture : Documents

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CHARLES-ALBERT

Né en 1798 de Charles-Emmanue l, 6e prince de Carignan (1770-1800) et de Marie-Albertine de Courlande (1779-1852)

Il a une sœur Marie-Elisabeth (1800-1852) qui épouse en  1820  l’archiduc Rainier, (1783-1853) vice-roi de Lombardie-Vénétie, fils de l’empereur Léopold II

Successeur en 1831 de son lointain cousin Charles-Félix , 7e roi de Sardaigne

Il épouse en 1817 Marie-Thérèse de Lorraine (1801-1855), fille pieuse et austère du grand duc Ferdinand III de Toscane (fils de l’empereur Léopold et donc petit-fils de l’impératrice Marie-Thérèse)

Dont il a

1°/ Victor-Emmanuel (1820-1878), 8e roi de Sardaigne, premier roi d’Italie

2°/ Marie-Christine (1826-1827)

3°/ Ferdinand, (1822-1855), duc de Gênes, qui épouse Elisabeth de Saxe (fille du roi jean de Saxe)  et qui sera le père de la reine Marguerite d’Italie.

 Traumatisé par le décès prématuré de son père, par l’exil de sa famille à Paris en 1799 et par l’indifférence de sa mère (qui se remarie en 1810 avec le comte de Montléart), le jeune prince de Carignan eut une jeunesse pénible et négligée  à Paris. Sa mère l’envoie chez le pasteur Vaucher à Genève en 1810, pensant le faire admettre à la cour de Napoléon ensuite.

En 1814, il revient à Turin où Victor-Emmanuel I le reconnaît comme prince héritier (face au danger d’une succession au bénéfice de son gendre François IV de Modène, trop autrichien)

En 1821, il est  promu régent du royaume à la suite de l’abdication de Victor-Emmanuel I et du fait de l’absence de Charles-Félix, il couvre (et appuie) les mesures libérales du gouvernement provisoire avant d’être récusé par le nouveau roi. Il se retire et vit en exil à Florence jusqu’à son retour en grâce en 1824, après avoir participé à l’expédition française en Espagne pour rétablir les droits de Ferdinand VII

A peine arrivé au pouvoir, il doit affronter l’agitation républicaine des partisans de Mazzini et les complots libéraux, conspirations d’officiers à Turin, Chambéry et Alexandrie, coups de main mazziniens en Savoie depuis Genève et Chapareillan en 1834). La sévère répression de cette agitation montre le revirement conservateur du souverain.

Pendant une dizaine d’années, on le voit chercher à concilier une certaine modernité et un évident conservatisme à l’intérieur et une fidèle docilité à l‘Autriche à l’extérieur. C’est ainsi qu’il  réforme profondément dans un sens libéral les différents codes civil, pénal  et de commerce, il favorise le libre commerce des grains, le rôle du port de Gênes, les routes sur la côte ligure et en Savoie (construction du pont de la Caille sur la route Annecy-Genève),   il envisage un réseau de banques et des chemins de fer reliant Gênes, la Lombardie et Turin. En Savoie, on ne retient (à tort) de lui que la fusion des deux bourgs de l’Hôpital et de Conflans pour former en 1837 la ville d’Albertville centre de la nouvelle plaine colmatée de la vallée de l’Isère. Il crée une association agraire pour «éclairer les propriétaires ruraux» et des écoles de magistère (normales) pour former des instituteurs ruraux

Charles-Albert fut aussi très soucieux de culture et surtout d’histoire, comme s’il avait besoin de ces références pour mieux asseoir sa légitimité, d’où la création de la Deputazione di Storia Patria, et de la Junte pour les antiquités et les Beaux Arts, une Académie des beaux Arts qui deviendra plus tard l’académie albertine, l’armurerie royale et enfin la bibliothèque royale ouverte au public, l’embellissement du palais royal, la restauration de l’abbaye de Saint Michel de la Cluse dont il pense faire la métropole de la famille Carignan, son amitié pour l’historien Cibrario, les sculpteurs Marochetti et Pelagi qui ornent les places de Turin, le juriste Sclopis, les intellectuels Cesare Balbo, Cesare Alfieri di Sostegno et Massimo d’Azeglio.

Toute cette œuvre pose la question de la valeur du roi lui-même, son caractère vélleïtaire et sa mauvaise éducation n’eussent pas dû le préparer à tant d’activités, d’où la supposition des uns d’une belle personnalité qui avait eu du mal à s’affirmer au départ ou  au contraire la description par les autres d’un être assez faible constamment à la remorque de ses conseillers et ministres les uns autoritaires comme le comte Avet, savoyard d’origine, ou contraire plus ouverts comme le comte Petitto di Roreto ou Cesare Alfieri di Sostegno.

Dès 1840-1841, il envisage et prépare une grande réforme politique et judiciaire qui aboutit en 1846-1847 à la création d’une cour de cassation (qui supprime les privilèges des différents sénats réduits à être de simples cours d’appel) et de conseils divisionnaires (équivalant aux conseils généraux français dont les membres choisis parmi ceux des conseils communaux, devaient être triés par le gouvernement afin de former un grand conseil d’Etat consultatif.

Tout ceci fut inutile car en février 1848, au moment même où la France abolissait la charte de 1831, Charles-Albert accordait, sous la pression de la foule et des évènements européens, une constitution équivalente (le Statut). Dépassé par ses nouveaux ministres ultra-libéraux et par les nouvelles assemblées, le roi  essaya de se donner une nouvelle puissance et  célébrité en prenant la tête du mouvement unitaire anti-autrichien à l’occasion de la révolte de Milan et de Venise. Hélas abandonné par le pape et ses alliés toscans et napolitains, Charles-Albert paralysé par son isolement diplomatique et la faiblesse de son armée, ne put se maintenir en Lombardie d’où une série de défaite, une retraite pitoyable et un humiliant armistice rompu quelques mois après par un gouvernement sarde irréaliste. Or la campagne de 1849 est encore plus désastreuse que la précédente avec une armée sarde écrasée à Novare avant  d’avoir pu commencer une quelconque offensive.

Désespéré, le roi  abdique en faveur de son fils Victor-Emmanuel et se retire à Oporto au Portugal où il meurt peu après (inhumé à la Superga).

 

Bibliographie essentielle  :

COSTA DE BEAUREGARD (Ch.)  : La jeunesse de Charles-Albert, Paris, 1889

Id  : Les dernières années du roi Charles-Albert, Paris, 1896.

RODOLICO (N.)  : Carlo Alberto, principe di Carignano. Florence, 1936

PERRERO (D.)  : Gli ultimi reali di Savoia del ramo primogenito e il principe Carlo Alberto di Carignano. Turin, 1889.

Id  : Carlo Alberto negli anni di regno 1831-1843, Florernce, 1936

Id  : Carlo Alberto negli anni di regno 1844-49, Florence, 1943.

COLOMBO (A.)  : Carlo Alberto Romer 1931.

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