La maison de Savoie
Auteur : André PALLUEL-GUILLARD - Niveau de lecture : Tous publics

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Ce qu’il faut savoir sur La maison de Savoie

Seule des familles régnantes d’Europe, La maison de Savoie pose la question de son nom, puisqu’on ne lui connaît pas d’autres appellations que sa référence à la province d’autant qu’elle ne prit le titre de comte de Savoie qu’à la fin  du XIIe siècle mais la question demeure de l’apparition de cette dénomination

Un millénaire sépare approximativement l’apparition du premier prince de la dynastie : Humbert aux Blanches Mains de l’abdication forcée d’Humbert II roi d’Italie en 1946, longue durée qui n’a d’équivalent qu’avec les Hohenzollern, alors que les Habsbourg se sont étirés sur le trône durant six siècle, les Bourbons sur quatre, les Romanov et les Hanovre d’Angleterre sur trois.

Famille ambitieuse qui a toujours été obsédée par le progrès de ses titres : comte de Maurienne au Xe siècle,   comte de Savoie au XII° avec le titre prestigieux mais vain de vicaire impérial, duc de Savoie en 1416, roi de Chypre et de Jérusalem à la suite du mariage du duc Louis Iavec Anne de Lusignan (même si  Jérusalem avait été perdu au XIIIe siècle et Chypre au XVI°), roi de Sicile en 1713 puis réduit à être roi de Sardaigne en 1716. Victor-Emmanuel II devient roi d’Italie en 1861 et son petit-fils Victor-Emmanuel III sera ravi de devenir (un fort éphémère) empereur d’Ethiopie en 1936 après la conquête de ce pays par les troupes facistes.

Cette ambition repose sur la conception très vive de l’utilité de tenir le monopole de la traversée des Alpes occidentales, projet qu’il avait fallu défendre d’abord contre les Dauphins du Viennois en Dauphiné et les Grimaldi des Alpes du sud, mais aussi contre les deux puissants concurrents de France et d’Autriche. Par une habile politique de bascule entre les papes et les empereurs, puis entre les Capétiens et les Habsbourg, les «Portiers des Alpes» surent conserver la maîtrise du passage transalpin (au Mont-Cenis essentiellement) ce qui donna à la Savoie une importance capitale dans la géopolitique européenne pour le meilleur comme pour le pire, car cette «porte» amena ici bien des invasions (françaises mais aussi espagnoles, autrichiennes ou allemandes avec tout leur cortège de misères et de destructions), les occupations les plus éprouvantes étant celles des Français au XVIIe siècle et celle des Allemands pendant la seconde guerre mondiale).

On a beaucoup insisté sur le glissement progressif de La maison de Savoie du pôle savoyard à l’Italie du Nord, en fait dès le début elle a «joué» sur les deux versants des Alpes. A l’Ouest il fallut d’abord s’imposer aux comtes de Genève et aux barons du Faucigny mais les nobles surtout Vaudois et bressans restèrent longtemps turbulents et les hauts Valaisans menacèrent constamment l’Etat savoyard cependant la mainmise sur le Piémont fut encore plus difficile du fait de la turbulence des  communes et de l’irréductible opposition des marquis de Saluces et de Montferrat d’autant que la fâcheuse habitude des apanages (de Savoie Vaud et de Savoie-Achaîe en Piémont puis de Savoie-Nemours en Genevois) en faveur des cadets de la famille comtale avait la triste conséquence de diviser l’Etat sitôt après ses agrandissements et ce  ne fut qu’à la toute fin du XIV°et au début du XVe siècle que ce dernier donna enfin l’impression  d’ailleurs) à la fois de son unité et de sa sûreté sur ses frontières. Cependant il est évident qu’après la perte au XVIe siècle du pays de Vaud, de Genève et du Valais  et après le traité de Lyon de 1601 qui donnait à la France la Bresse, le Bugey et le pays de Gex, La maison de Savoie, bloquée vers l’ouest, ne pouvait manquer de jeter son dévolu sur la plaine du Pô en particulier sur la riche Lombardie, objectif qu’elle crut atteindre en 1733 et en 1848, ce qui ne se réalisa finalement qu’en 1859 et fut d’ailleurs immédiatement dépassé par l’annexion de l’Italie centrale.

Comme toutes les familles, celle de Savoie ne put éviter des alternances de capacités variables, mais quelques constantes s’imposent. A l’ambition familiale correspond souvent un grand détachement à titre individuel, que de princes eussent préféré ne pas se marier, ne pas régner et mener une vie sainte et retirée dans des couvents !  Humbert III, Amédée IX et  Charles-Félix ne purent y arriver. En 1730 Victor-Amédée II se retira mais commit l’erreur de changer d’avis; en 1802, Charles-Emmanuel IV abdiqua et se fit jésuite et  après la défaite de Novare en 1849, Charles-Albert quitta précipitamment son royaume pour s’ensevelir mort-vivant à Oporto au Portugal et Humbert II n’insista pas en 1946 pour faire valoir ses droits après un référendum que beaucoup jugeaient  faussé même dans son principe!. Si beaucoup de princes furent très attirés par les femmes, ils ne leur laissèrent jamais le pouvoir et les Etats de Savoie ne connurent jamais le risque d’une madame de Pompadour ou d’une maîtresse royale trop influente, ce qui n’empêcha pas des régences décisives comme celles d’Adélaïde de Suse au XIe siècle, celle de  Bonne de Bourbon pour Amédée VII au XIVe siècle et surtout celle de Christine de France au XVII°. Le cas de Yolande de France s’imposant en lieu et place de son époux Amédée IX au XVe siècle reste l’exception qui confirme la règle.

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