LA BASSE MAURIENNE
Auteur : Jean PRIEUR - Niveau de lecture : Tous publics

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Petite histoire de communes

Aiguebelle - Aiton - Argentine - Epierre - La Chambre - Saint-Etienne-de-Cuines - Saint-Rémy-de-Maurienne

 

Aiguebelle

Née du trafic à l'entrée de la vallée de Maurienne, Aiguebelle est une ville-rue, qui se limite à la Grande Rue, sur laquelle se greffent quelques petites rues transversales, dont la célèbre rue Sainte-Catherine, très commerçante.


Aiguebelle en 1845. Album des principales vues de la Savoie

Les vestiges de la lointaine antiquité sont pratiquement inexistants. Une hache néolithique en pierre polie trouvée près du lit de l'Arc provient probablement de la Haute Maurienne, charriée par la rivière ; un "cachet d'oculiste" en plomb, trouvé en 1982 à l'entrée d'Aiguebelle et attribué à l'époque romaine, est en fait difficile à dater. Les plus anciens documents sont des écrits du XIe siècle, qui parlent de la place forte de Charbonnières (castrum Carboniera) ou d'Aiguebelle (aqua bella ou aqua pulchra) : la belle eau ne peut être celle de l'Arc, ce serait plutôt celle du ruisseau de Montgilbert.

Aiguebelle avait un prieuré sous le vocable de Saint Etienne, dépendant de l'abbaye de la Novalaise en vallée de Suse. La collégiale de Sainte Catherine, fondée en 1258 par Pierre d'Aigueblanche à Randens, était appelée collégiale d'Aiguebelle, car Randens n'a été détaché d'Aiguebelle qu'en 1738.

Au Moyen-Age existait à Aiguebelle un atelier monétaire : le denier d'Aiguebelle, frappé au XIe siècle, dont on ne connait que trois exemplaires, est la plus ancienne monnaie de la maison de Savoie. Les princes de Savoie ont habité Aiguebelle : le comte Thomas 1er (1189-1233) est né à Aiguebelle, cité qui sera sa résidence préférée.

La châtellenie d'Aiguebelle, dont la juridiction s'étend jusqu'à La Chambre, est érigée en baronnie en 1590, puis en principauté en 1768, date à laquelle l'évêque de Maurienne cède sa souveraineté temporelle au roi de Sardaigne. Mais, jusqu'en 1953, les évêques de Maurienne ont gardé le titre honorifique de princes d'Aiguebelle. Lors du développement de la puissance française, Aiguebelle voit passer de nombreuses armées. En 1536, devant la résistance de Charbonnières, François 1er brûle la bourgade ; en 1597, Lesdiguières assiège Charbonnières, qui sera partiellement détruit en 1600 ; en 1743, le fort est complètement démoli par les Espagnols. Il ne sera jamais reconstruit et c'est librement que les Autrichiens passeront en 1814, puis les Allemands en 1944.

Sur la route du Mont-Cenis, Aiguebelle est un centre commercial. Au XIIIe siècle, il y a plusieurs banquiers juifs ; mais lorsque en 1348 la peste noire ravage l'Europe, ceux-ci sont, comme un peu partout, victimes de la colère du peuple et 18 d'entre eux sont massacrés. Au XIVe siècle, ce sont les lombards, venus pour la plupart d'Asti en Piémont, qui remplissent les fonctions de prêteurs. Ville d'étape où les maîtres de postes changent de chevaux et où les voyageurs trouvent gîte et couvert, les cabarets et les hôtelleries sont nombreux : en 1823, il y a encore 33 personnes qui exercent le métier d'aubergistes. Enfin, jusqu'à une époque récente, le marché du mardi et les foires de la Saint-Claude (6 juin) ou de la Saint-Martin (12 novembre) attirent beaucoup de monde. L'industrie s'implante tardivement. En 1838, une fabrique d'acide gallique utilise les bois de châtaigniers nombreux dans la région ; elle employait 15 ouvriers. En 1914, au hameau de la Pouille, une usine est construite par la société des fonderies et aciéries électriques ; en 1970, 360 employés y travaillent ; aujourd'hui, elle est fermée.

Aiguebelle, qui autrefois offrait un visage très animé, subit de nos jours la rivalité des petites communes voisines : Aiton, avec sa population qui passe de 463 habitants en 1962 à 1162 en 1999 ; Saint-Georges-d'Hurtières, avec son éco-musée, mémoire vivante d'un célèbre passé industriel ; Argentine ou Montsapey avec leurs activités culturelles....

 

Aiton

Au carrefour des vallées de l'Arc et de l'Isère, sur un site dominé par un éperon d'où la vue s'étend fort loin, Aiton est un beau pays : son territoire a intéressé les nobles, les évêques, les militaires....

La géographie montre l'opposition entre le coteau, contrefort du Grand Arc, pays de vignobles et la plaine alluviale, pays de marais et de cultures. A Aiton, parlant de la terre et des hommes, on a toujours distingué le haut et le bas !

Dès l'époque romaine, Aiton est habité, comme l'attestent les fouilles faites en 1990 au-dessous du fort. A une époque récente, le grand événement est l'endiguement de l'Arc et de l'Isère, dont les travaux durent de 1827 à 1853. Mais ce qui fait la célébrité d'Aiton dans le lointain passé, c'est son prieuré et son château. Dès le début du XIIe siècle, le promontoire est occupé par un prieuré, dont le supérieur le plus célèbre fut le cardinal Jean de Ségovie, mort en 1458 à Aiton, où il avait été relègué après le concile de Bâle. En 1700, l'évêque de Maurienne Valperga de Masin fait détruire le prieuré pour construire un superbe palais épiscopal qui, abandonné à la Révélation, cèdera la place au fort d'Aiton, L'ancienne église était près du prieuré ; en 1700, elle est reconstruite plus haut, mais elle conserve l'essentiel de son mobilier, dont une toile représentant le martyre de saint Laurent, avec la marque de Pierre de Cortone, célèbre peintre florentin du XVIIe siècle. Près du choeur sont emmurées les cendres de Jean de Ségovie.

Le fort d'Aiton est construit de 1875 à 1880. Avant d'être réduit de l'état militaire à l'état civil (il est acheté par la commune en 1986), le fort a connu une destination spéciale : de 1962 à 1972, il recevait le centre disciplinaire de l'armée française.

Pendant de longs siècles, la vie quotidienne est basée sur l'agriculture et sur l'artisanat, au rythme des saisons, avec une invasion régulière des gens de Bonvillard venant à leur cellier pour travailler la vigne. Cette vie tranquille n'était pas monotone : il y avait par exemple les multiples incidents avec les communes voisines, surtout avec Fréterive, qui contestait les frontières. Aujourd'hui les transformations de la société rurale orientent la commune vers de nouvelles activités : l'usine, le tourisme, l'administration avec la nouvelle prison....

 

Argentine

Argentine est la seule commune de France à porter ce nom ; les autres communes où les mines d'argent ont pu être exploitées s'appellent Argentière. Son territoire communal comprend deux parties : d'un côté, une étroite zone de bonnes terres ; de l'autre, la montagne. Les altitudes vont de 2700 mètres (Aiguille de la Balme) à 340 mètres (vallée de l'Arc).

Aucun document ne nous renseigne avant le XIIe siècle : une bulle de 1184 indique qu'Argentine est l'une des 17 paroisses données à l'évêque de Maurienne par le roi Gontran (mort en 592). Après le traité de Randens signé en 1327 entre l'évêque de Maurienne et le comte de Savoie, la bourgade reste à l'évêque qui installe ici un château épiscopal et un métral. L'évêque de Maurienne restera le seigneur temporel jusqu'en 1768, date où la commune est affranchie de tous les droits seigneuriaux.

Ce qui caractérise l'histoire d'Argentine, c'est l'industrie minière. La bourgade doit son nom aux mines de plomb argentifère de Montchabert qui s'ouvrent à 1000 mètres d'altitude. La première exploitation, très ancienne, est difficile à dater ; elle a été reprise de 1860 à 1863 ; en 1924, quelques prospections ont été faites, sans suite. Des carrières d'ardoise ont été exploitées aux envers de Montchabert. Le gisement de talc de la Balme a alimenté une petite usine en 1927, qui subsistait encore en 1947.


Argentine : Château des Castagneri et tour ronde du XIIIe s.

La grande industrie s'installe au XVIe siècle, avec l'arrivée des Castagneri, qui vont utiliser les minerais des Hurtières. La prospérité est à son comble avec Pierre-Antoine Castagneri (mort en 1662), qui possédait un haut-fourneau, des usines pour le cuivre et l'acier, des martinets pour les outils... Le portail de l'église actuelle, encadré d'une arcade en fonte et orné du blason des Castagneri avec la date de 1636, rappelle la reconstruction de l'édifice grâce à cette famille. Mais, vers 1790, il n'y a plus qu'un haut-fourneau et le dernier s'éteint en 1886.

Malgré l'importance et la notoriété des fabriques, Argentine est avant tout une commune rurale, où l'on vit du travail de la terre. La culture de base est celle des céréales ; le maïs et la pomme de terre ne sont connus qu'à partir de 1760. L'élevage est important : en 1929, pour une population d'un peu plus de I1000 habitants, Argentine possède 853 bovins et 250 ovins ; en 1955, il n'y a plus que 416 bovins et 14 ovins. Une foire avait été créée en 1852.

Le sol d'Argentine a conservé quelques vestiges qui évoquent son histoire. Le château des évêques, mentionné dans un document du XIIIe siècle, était situé sur un replat, près de l'église ; détruit par Lesdiguières en 1597, il n'en reste aujourd'hui que la célèbre tour carrée, probablement du XIe siècle ; l'édifice servait de forteresse, de maison de plaisance pour les évêques et de prison pour les malfaiteurs. Plus loin, dans le hameau de Gémilly, le château des Castagneri était au XVIIe siècle, une importante construction en forme de U ; l'édifice a été restauré en 1930 et la chapelle détruite en 1970. L'église paroissiale, reconstruite en 1632, agrandie et restaurée en 1894 dans le style néo-gothique de l'époque, est intéressante pour son mobilier et son décor ; les armoiries et les inscriptions évoquent le souvenir de la famille de Castagneri. Enfin, la chapelle rurale dans le hameau de la Madeleine, désaffectée, rappelle la présence d'une léproserie dans le lointain passé.


Argentine : portail de l'église, provenant des ateliers de Castagneri (1638)


Argentine : portail de l'église. Sur le fronton, le blason des castagneri représentant un châtaigner avec la devise pasco bonos pungoque malos : je nourris les bons et je pique les méchants (c'est la châtaigne qui parle !)

Epierre

Epierre n'a livré aucun vestige de la lointaine antiquité préhistorique ou romaine. Le nom apparaît pour la première fois dans un document du XIIe siècle, lorsque le comte Philippe 1er (1268-1285) reconnaît que la paroisse d'Argentine, dont il rappelle les limites jusqu'à Aypera (Épierre), appartient exclusivement à l'évêque de Maurienne.

La commune a un vieux passé industriel. Grâce au charbon de bois de ses forêts et à l'eau de ses deux torrents, on coule le métal provenant du minerai des Hurtières. La tradition dit qu'Epierre possède un haut fourneau dès le XIe siècle. Le plus ancien document date de 1676 et nous apprend que la commune acquiert du baron d'Epierre le haut fourneau qui "de temps immémoriaux existait à l'entrée des gorges du torrent des Fabriques". L'appareil n'emploie que peu de main d'oeuvre et ne fonctionne que cinq mois par an ; mais il est à l'origine de nombreuses activités annexes : au XVIIIe siècle plus de cent bûcherons travaillent à la fabrication du charbon de bois ; le haut fourneau alimente les ateliers de forges, clouteries, taillanderies... Cette fonderie périclite au XIXe siècle et disparaît en 1875.

 

Epierre retrouve alors le véritable visage agricole d'une commune savoyarde de l'époque. On y trouve, à côté de petites exploitations, quelques moulins et battoirs, une ou deux scieries, un moulin à huile de noix, une carrière de pierre très ancienne d'où la commune a tiré son nom. En 1877, on crée la "fruitière communale d'Epierre", installée dans la maison commune, qui reçoit en moyenne 500 litres de lait par jour. Les associés sont à tour de rôle propriétaires de la totalité du lait de la fruitière : chacun a sa "journée", dont le fruit lui appartient en propre. Cette pratique dure, jusqu'en 1921. A partir de cette date, les producteurs vendent leur lait à un adjudicataire, qui fait le ramassage à Epierre et dans les communes voisines de la Chapelle, Saint-Rémy et Saint-Léger.

A partir de 1898, la houille blanche vient relancer l'activité industrielle. Les frères Rochette équipent le torrent de la Lauzière et construisent une centrale électrique. Jusqu'en 1924, vont se succéder des fabrications liées à l'électricité : carbure de calcium, tungstène, ferro-chrome, et même des obus de 1916 à 1918.

Avant de s'établir à Epierre en 1925, l'usine de phosphore de la société Coignet, la seule en France était installée à Pomblière en Tarentaise. La matière première, le phosphate métallurgique, est fourni par les carrières d'Algérie ; le produit, le phosphore, est expédié à l'usine de Lyon, de la même société Coignet, qui le traite pour en faire de l'acide phosphorique ou des phosphures. L'usine d'Epierre est alimentée en énergie électrique par les trois centrales de la Lauzière, de la Corbière et des Moulins ; elle emploie une centaine d'ouvriers venant d'Epierre ou des Hurtières. A la fin du siècle, en 1996, la torchère qui brulait le gaz toxique s'éteint mais l'activité persiste.

Les chiffres de la population d'Epierre (578 habitants en 1999) répercutent les fluctuations des activités industrielles. En 1875, le haut fourneau s'éteint et la population montée à 608 habitants en 1871 diminue de 40 unités ; puis la carrière de pierre reprend de l'activité et entraîne la venue à Epierre d'une cinquantaine d'ouvriers, italiens pour la plupart : en 1886, la population est de 660 habitants. Après une diminution (610 h. en 1906), la population augmente de nouveau à partir de 1914 pour atteindre 675 habitants en 1921 : les ateliers d'emboutissage d'obus occupaient près de 300 ouvriers.

 

La Chambre

La Chambre, à 470 mètres d'altitude, compte 1107 habitants. Située à un carrefour de vallées, près de la confluence du Glandon et du Bugeon avec l'Arc, la bourgade a toujours été un lieu de passage. Les vestiges les plus anciens datent de l'époque romaine : tessons de céramique, monnaies en bronze du IIIe siècle... La première mention du nom Camera (chambre) se trouve dans l'acte de fondation du prieuré d'Arbin en 1011.

C'est à cette époque, au XIe siècle, qu'apparaît la famille des seigneurs de La Chambre, qui va bientôt rivaliser avec les comtes de Savoie. Leur fief est érigé en comté en 1456, puis en marquisat en 1564. Ils possédaient un château (aujourd'hui en ruines) à Notre-Dame-du-Cruet et une demeure dans le bourg de La Chambre. Cette dernière, appelée la Tour, subsiste encore : la maison, reconstruite au XVIIe siècle, est flanquée d'une tour carrée du XIIe siècle ; les combles sous toiture comportent des meurtrières de guet.


La Chambre : l'ancien couvent des Cordeliers fondé en 1365, abandonné à la Révolution

Le patrimoine religieux évoque le riche passé de la bourgade. La Chambre conserve un couvent des Cordeliers, fondé en 1365 et abandonné à la Révolution ; il est aujourd'hui en ruines, mais un projet de rénovation permettra de restaurer les parties qui subsistent de cet important bâtiment. L'église a été successivement celle du prieuré bénédictin, puis celle de la collégiale Saint-Marcel à partir de 1518, enfin simple église paroissiale après la Révolution. Le bâtiment actuel rappelle ces diverses époques avec un beau portail roman du XIIe siècle, les voûtes des nefs latérales du XVe et la nef centrale du XVIIe siècle. L'intérieur est richement décoré et meublé : le maître-autel, la chaire, les stalles et les tableaux sont classés Monuments historiques ou inscrits à l'inventaire supplémentaire.

Au centre d'une région agricole, La Chambre possède une coopérative laitière qui collecte le lait des vaches du voisinage et produit du beaufort et de la tomme. Le champ de foire est encore fréquenté les 22 mai et 22 septembre.

La commune a connu quelques industries dans le récent passé. En mai 1892, s'installe une entreprise de dévidage de la soie, qui emploiera une centaine d'ouvriers ; elle ferme en 1898. Une carrière d'ardoises a été exploitée dans la montagne à partir des années 1850, jusqu'en 1895. Une usine à plâtre travaillait le gypse de la région ; construite vers 1860, elle dure une trentaine d'années. Toujours au XIXe siècle, on pourrait encore citer trois fours à chaux, un martinet… Mais l'unité industrielle la plus importante est depuis 1929 la SIDA (société industrielle des dérivés de l'acétylène), qui exploite le carbure de calcium de Saint-Avre pour fabriquer de l'acétylène, puis de l'acétone. A partir de 1954, l'usine s'adapte aux nouvelles demandes et s'appelle Atofina.


ATOFINA, usine de la Chambre

 

Saint-Etienne-de-Cuines

Saint-Etienne-de-Cuines, à 485 mètres d'altitude, compte 1201 habitants, répartis en 14 hameaux. Le nom de Cuine apparaît dans les documents dès le XIe siècle ; le territoire dépendait du chapître de la cathédrale de Saint-jean-de-Maurienne et de la noble famille de Cuine. La seigneurie de Cuine est érigée en comté en 1699 au profit de Pierre Martin Sallières d'Arves. Deux maisons-fortes subsistent encore : l'une est formée par un corps de bâtiment reliant une tour ronde à une tour carrée ; l'autre, le Châtelet, est une grosse maison carrée.

La partie basse de la commune appelée "les Iles", n'était qu'un marécage avant le colmatage du XIXe siècle. Un bras du Glandon traverse le chef-lieu et rejoint l'Arc au fond des Iles ; il a fournit la force motrice aux moulins, martinets, scieries et enfin aux usines de la fin du XIXe siècle.

L'église, reconstruite en 1847 sur les plans de l'architecte Falcoz, possède une cloche de 1560, classée Monument historique. L'imposant maître-autel, oeuvre des frères Gilardi, a été consacré en 1849.

Comme sa voisine Saint-Rémy, Saint-Etienne a une vocation industrielle. En 1886, Bozon-Verduraz fonde une manufacture de pâtes alimentaires. L'entreprise emploie 20 personnes au départ, puis 200 personnes en 1896, 400 en 1913, près de 730 en 1930 dont environ 450 femmes. L'importante manufacture utilise en annexes une usine électrique, une scierie, des ateliers de montage de caisses, des moulins pour broyer le maïs. A partir des années 1930, l'entreprise décline pour fermer en 1952.

 

Saint-Rémy-de-Maurienne

Saint-Rémy, à 415 mètres d'altitude, compte 966 habitants, répartis en 18 hameaux. Son lointain passé est mal connu ; les monuments les plus anciens sont, à la Landonnière, le "château" où une tour carrée porte la date de 1583 et la chapelle avec la date de 1571. Jusqu'en 1803, Saint Sulpice formait une paroisse indépendante de celle de Saint Rémy ; à partir de cette date, la seule église paroissiale est celle de Saint Rémy, située alors à l'emplacement de l'actuel groupe scolaire.

La nouvelle église a été construite de 1854 à 1858 dans le style néo-gothique, selon les plans de l'architecte Fivel ; à l'intérieur elle est décorée de belles peintures murales en trompe-l'oeil, restaurées en 1987. Non loin, la chapelle Notre-Dame Auxiliatrice a été construite en 1815 près des ruines d'un ancien oratoire ; l'édifice, de forme octogonale, est décoré à l'intérieur de peintures murales restaurées en 1993.

Pendant longtemps, la ressource essentielle de la commune a été la polyculture : élevage et cultures classiques surtout, mais aussi la vigne, le tabac, l'apiculture. En 1987, on a même introduit la lombriculture : les vers proviennent d'Aubagne et leurs rejets donnent un engrais biologique apprécié.

Les forêts de Saint-Rémy, réputées pour les champignons et le gibier, fournissent en abondance le bois qui alimentait une scierie et une usine de pâte à papier.

Ce qui fait l'originalité et la célébrité de la commune, c'est l'essor industriel qu'elle a connu pendant ces deux derniers siècles. Un haut fourneau est créé en 1838. Une scierie, au pied du hameau de la Girard, va débiter des grumes pendant 3/4 de siècle, de 1896 à 1972. En 1876, Joseph et François Horteur installent sur le ruisseau de Lescherette la première conduite forcée de Savoie, qui équipe l'usine à papier ; la "râperie" se maintient jusqu'en 1979.

Une guimperie, créée en 1902, se développe pour devenir les "Filatures et Tréfileries de Maurienne" ; l'établissement fermera ses portes en 1968. L'entreprise Alcatel (téléphones et centraux téléphoniques) s'installe alors dans les locaux laissés libres et jusqu'en 1980 emploie une main d'oeuvre importante atteignant 420 personnes en 1974 ; des cars de ramassage amenaient le personnel de toute la Maurienne. En 1981, les ouvriers licenciés d'Alcatel peuvent se recycler dans l'usine Spirel qui vient de se créer pour la fabrication de petits moteurs.

Saint Rémy a aussi été la patrie de la limonade. Cette boisson y est produite vers 1890 par Gabriel Bonfils et les limonadiers se succèdent, jusqu'en 1950. La célébrité de ce produit est dûe à la qualité de l'eau.

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