La Haute Maurienne
Auteur : François FORRAY - Niveau de lecture : Tous publics

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Données historiques

 

La Préhistoire : des peuplades venues d'Italie

 

Certes la Préhistoire alpine reste brève puisqu'il faut attendre la fonte des grands glaciers (vers – 8000 ans) avant que ne débute l'aventure humaine.

size=7>D2 : La Pierre aux piedsLe Néolithique voit des installations humaines permanentes dans les vallées intra-alpines (vers – 3000 ans) : ils pratiquent la cueillette et la chasse mais vivent surtout de la culture et de l'élevage. Les témoignages archéologiques abondent. Ce sont des objets (haches, flèches de silex) des mégalithes comme la curieuse Pierre aux Pieds située à 3000 mètres au-dessus de Lanslevillard, des gravures rupestres à Bessans ou à l'Arcelle près du Mont Cenis. Aussois possède de multiples vestiges de l'âge du Bronze mais le grand gisement préhistorique reste la grotte de la Balme de Sollières-Envers découverte au début des années 1970, on peut aujourd'hui les contempler dans un passionnant musée.

Ces hommes sont venus par vagues successives. Les premiers Ligures arrivent vers – 1800 du Sud, chassés de la côte génoise par les invasions indo-européennes qui déferlent dans le nord de l'Italie. Une seconde vague d'immigration ligure apparaît entre – 1500 et – 800 ans. C'est de l'Est qu'apparaît la troisième vague, avec l'installation des Celtes qui avaient établi un brillant foyer de civilisation dans le Nord de l'Italie. Curieusement ces peuplades celto-ligures établies dans le haut de la vallée de l'Arc en amont de Termignon ont laissé des traces aujourd'hui encore dans les structures des patois et dans la toponymie.

L'implantation de Rome

Arrivés vers – 500 ans, les premiers Romains ne s'intéressent guère qu'aux passages des cols. Les chefs de tribus locales reconnaissent l'autorité d'un "roitelet" plus puissant, Donnius, qui vit à Suse, son fils Cottius donne son nom à cet étrange état alpin, le Royaume de Cottius qui s'étend sur la crête des Alpes de la haute Maurienne à la Méditerranée.

Les empereurs César et surtout Auguste ne se contentent plus de ce vague protectorat sur le Royaume de Cottius, ils en effectuent la conquête systématique. Deux monuments célèbrent les victoires des légions romaines : l'Arc de Suse (9 ans avant J.C.) et le Trophée de la Turbie au dessus de Nice (6 ans avant J.C.). Dans les villages, la population a conservé sa langue, elle cultive le seigle, élève du bétail, pratique l'artisanat. Si la voie principale est constituée par la vallée de Suse et le col du Mont Genèvre qui débouche sur Briançon et la Provence, les voies secondaires traversent la haute Maurienne par les cols du Mont Cenis, d'Autaret, d'Arnès. Des vestiges romains attestent de l'intensité des échanges entre les deux versants des Alpes à Lanslevillard et à Novalaise de part et d'autre du Mont Cenis.

 

Un Moyen Age chaotique

A la fin du Vème siècle, l'Empire romain sombre sous les attaques Barbares. Les Burgondes puis les Goths s'emparent des Alpes dès 493, ils sont supplantés par les Francs qui voudraient s'installer dans l'Italie du Nord. Le chef mérovingien, Gontran repousse les Lombards dans la basse vallée de Suse au delà des moraines glaciaires qui barrent la vallée de la Doire Ripaire (Les Cluses lombardes) en 574. C'est à cette époque que Gontran fonde aussi l'évêché de Saint-Jean-de-Maurienne, un évêché qui peine à établir son influence sur la haute Maurienne rattachée historiquement à l'évêché de Turin.

En 726, un seigneur franc ABBON fonde sur le versant piémontais du Mont Cenis le monastère bénédictin de la Novalaise pour mieux contrôler les passages alpins. Dès 825, l'empereur Lothaire permet à Louis le Débonnaire de créer un hospice en bordure du lac du Mont Cenis. Bientôt vers 906/921, les Sarrasins lancent des razzias sur les Alpes depuis leur base de Fréjus : l'abbaye de la Novalaise est ravagée, la Maurienne occupée. Ruines, désordres et famines se succèdent pendant tout le Xème siècle jusqu'à l'apparition d'un ordre social nouveau, la féodalité qui se met en place au XIème siècle avec l'irrésistible ascension des comtes de Maurienne à l'origine de la Maison de Savoie. Le baillage de Maurienne s'étendait d'Epierre à Lanslebourg car les villages du haut de la vallée restaient attachés à l'autorité de l'Abbé du monastère de Saint-Michel-de-la-Cluse qui domine l'accès de la vallée de Suse jusqu'en 1528. Le pouvoir de la Maison de Savoie doit être aussi partagé avec celui des marquis de la Chambre qui s'exerce sur les villages d'Avrieux et de Bramans. Que le pouvoir soit civil (seigneurs) ou religieux (évêques ou abbés), les relations avec les communautés montagnardes paraissent bien difficiles.

size="7">D12 : Eglise d'Avrieux, la Vierge et l'enfantDans ces territoires à la limite de l'occupation humaine, les montagnards s'administrent eux-mêmes et ils exploitent eux-mêmes les ressources (alpages et forêts). Dans ces conditions, les droits féodaux sont souvent contestés par les communes dans d'interminables procès.

size="7">D3 : Lanslevillard , les fresques de la chapelle Saint-SébastienLa foi chrétienne est très vive dans ces communautés, les paroisses très puissantes se soucient de l'éducation et dans chaque village s'ouvrent des écoles de Toussaint à Pâques. On y enseigne le français, l'écriture, le calcul, le latin et le chant. Des lectures "pratiques" permettent de déchiffrer les contrats et les actes juridiques. La présence de ces écoles précoces explique le goût artistique, le goût du théâtre (toute la population joue les fameux "mystères"), le sens de la décoration et la perfection des chorales. La paroisse gère également la solidarité entre les individus par le biais de multiples confréries du Saint Esprit, du Rosaire, du Saint Sacrement dont les fonds se transforment en aumônes pour soulager les pauvres, réparer le four ou la fontaine du village. La haute Maurienne devient une terre d'art et de culture.

Les Temps Modernes : les tensions

La haute Maurienne n'est pas cependant un pays de cocagne : les épidémies et en premier lieu la peste déciment les habitants. En 1630, la peste fait plus de 309 victimes à Lanslebourg sur près de 900 habitants. Les occupations des militaires français ou espagnols lors des guerres d'Italie au 16ème et 17ème siècle multiplient les pillages et les réquisitions. Le XVIIIème siècle est occupé par deux faits majeurs. Tout d'abord la consécration de l'itinéraire du Mont Cenis comme l'axe international des échanges entre l'Europe du Nord Ouest et l'Italie dès la fin des guerres de Louis XIV (traités de Maëstricht). Quand à la seconde partie du siècle, elle est toute bruissante des débats entre les communautés villageoises et les seigneurs pour racheter les droits féodaux. Cette abolition des droits féodaux s'effectue entre 1751 et 1782, elle explique aussi le fait que les révolutionnaires français arrivés en Savoie en 1792 ne rencontrent guère d'enthousiasme d'autant plus qu'à ces raisons économiques s'ajoutent les oppositions à une politique violemment antireligieuse. La révolution française n'est pas acceptée et les troupes françaises déportent la population de Lanslebourg et de Lanslevillard à Barraux dans le Dauphiné. Napoléon Ier sait rapporter la paix à la haute Maurienne et il construit au Mont Cenis la première route carrossable des Alpes, un cadeau immense "qui durera des siècles".

 

L'époque contemporaine : tradition et modernité

D5 : Le redoute Marie-Thérèse size=7>D4 : La barrière de l'EsseillonA la fin des guerres de la Révolution et de l'Empire, la Savoie revient dans le giron de ses princes traditionnels et la haute Maurienne fait à nouveau partie du royaume de Sardaigne. C'est précisément parce que la citadelle de la Brunette au-dessus de Suse a été démantelée par Bonaparte et parce que la route du Mont Cenis n'offre plus assez de résistance au passage des troupes françaises que le gouvernement de Turin décide de placer bien en aval la ligne de défense en construisant les forts de l'Esseillon sur le verrou glaciaire entaillé par les gorges de l'Arc. Les travaux de construction de cette immense citadelle s'étalent entre 1820 et 1837. size=7> (Voir le dossier d'Honoré Coquet, Le patrimoine fortifié des Etats de Savoie).

size=7>D6 :  Les troupes s'installent sur les crêtesLa décennie 1860/1870 est lourde de conséquence pour la haute Maurienne. L'annexion de la Savoie dans la France rompt en partie les solidarités culturelles et économiques avec le Piémont. La nouvelle frontière établie sur la ligne de partage des eaux ralentit les échanges, elle est même catastrophique pour les éleveurs du Mont Cenis car si la terre est devenue italienne, l'herbe c'est à dire les alpages restent la propriété des paysans de Lanslebourg, Lanslevillard et Bramans. size=7> L'autre fait important est constitué par la mise en service du tunnel ferroviaire du Fréjus, entre Modane et Bardonnèche, inauguré en septembre 1871. L'effondrement du trafic routier sur la voie du Mont Cenis déclenche une terrible vague d'émigration vers les grandes villes (Lyon-Paris) et parfois même jusqu'en Argentine.

La deuxième guerre mondiale s'accompagne d'un cortège de malheurs. La population se mobilise contre les troupes fascistes qui voudraient annexer la haute Maurienne. Les maquisards sont l'objet de représailles de la part des troupes italiennes et surtout allemandes (massacres, incendies de Lanslebourg et de Bessans). La libération vient tardivement car les forces allemandes se sont retranchées dans les fortifications du Mont Cenis (Batailles du Mont Froid, du Mont Cenis) au prix de combats héroïques des troupes de montagne. size=7>D13 : Le Montcenis, un site grandiose

Il faut attendre les années 1970/1980 pour rencontrer quelques facteurs de renouveau avec le retour des grands travaux (aménagement hydraulique de la haute vallée de l'Arc par EDF), développement du tourisme d'hiver et d'été, implantation du premier parc naturel de France en Vanoise, effacement size=7> des frontières avec la construction européenne. Tout cela contribue désormais à la consolidation d'un pays qui se partage toujours entre la tradition et la modernité.

 

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