Les patits ramoneurs
Auteur : Monique Dejammet - Niveau de lecture : Tous publics

Page 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10

Littérature et ramoneurs

Dès le moyen âge. dans les fabliaux, les "contes à rire" pour reprendre la formule de Joseph Bredier (1) on croise souvent le tavernier ou le ramoneur qui, sous couvert d’exercer leur pratique n’oublient pas de rendre hommage aux dames et jeunes filles en leur prodiguant leurs services les plus civils.

Au Mlle siècle : Du Fèvre du Creil (2) met en scène non un ramoneur, mais un forgeron pourvu d’un "outil" destiné à satisfaire les dames, le ramonage étant considéré comme métaphore érotique.

Au XVIe : dans les Cris de Tours (1545) Antoine Turquet (3) écrit

"Ramonez vos cheminées Jeunes dames haut et bas."

Au XVIIe : le personnage littéraire du ramoneur disparaît.

Au XVIIIe : le ramoneur revient dans un emploi différent, l’homme n’est plus entouré d’un halo licencieux, mais seulement de son habit. Voltaire (4) "... ces honnêtes enfànt,s, qui de Savoie arrivent tous les ans, et dont la main légèrement essuie les longs canaux engorgés par la suie. "

Au XIXe : dans les récits moralisants pleins de larmes et de bons sentiments on croise sa silhouette caractéristique au détour de nombreux textes littéraires qui font de l’enfant un héros à part entière. La richesse du personnage tient à ses contradictions : jeune et pur, il mène une vie d’adulte, il travaille à l’âge des jeux et les écrivains les ont élevés au premier rôle.

Balzac (5) "Peau de chagrin" : "Le corps brun de suie, les vêtements déguenillés, tendit la main à cet homme pour lui arracher ses derniers sous. A deux pas du petit savoyard, un vieux pauvre honteux, maladif, souffreteux, ignoblement vêtu d’une tapisserie trouée lui dit d’une grosse voix sourde : ’Monsieur, donnez-moi’. "

Chateaubriand (6) : Mémoires d’outre-tombe "Un petit sou, Monsieur, s’il vous plaît ! - Voilà ce que m’a chanté au retour de ma course, un petit savoyard arrivé tout juste à Reims. - Et qu’es-tu venu faire ici - lui ai-je dit - Je suis venu au sacre, Monsieur. - Avec ta marmotte - - Oui, Monsieur, ... "

Victor Hugo (7) - Les misérables : "Un jeune savoyard courant le pays, et cherchant des cheminées à ramoner ... "

A. France (8) - Les Dieux ont soif Il y avait des chevaux de bois et des tirs pour les jeunes patriotes. Sous un arbre un petit savoyard en guenilles, coiffé d’un bonne! noir, faisait danser une marmotte au son aigre de sa vielle. "

Les écrivains retenant non plus seulement le pittoresque du personnage, mais celui de sa vie, une littérature abondante, romanesque, voire rocambolesque est écrite autour du ramoneur.

De nombreux textes constituent une véritable enquête sociale, mais ne dépassent pas le stade de la compilation de témoignages identiques et ne différencient que par la signature.

Deux textes d’auteurs français mettant en scène des ramoneurs ont bénéficié en Allemagne d’une diffusion importante.

En 1896, l’histoire de Pierre le petit ramoneur écrite par Delapalme (9) est sélectionnée pour paraître dans un livre destiné aux premières classes.

Le petit ramoneur est un exemple pour la bourgeoisie. Malgré des épisodes larmoyants, la fin souvent heureuse de ces histoires crée une réalité édulcorée.

Au XXe : le ramonage reverdit dans des textes grivois, argotiques et souriants.

Pierre Dac (10) dans L’os à moelle.

Pierre Perret (11) donne sa définition du verbe ramoner : " posséder une femme "

Longtemps la France ne connaît familièrement la Savoie que par ses émigrants et toutes les mauvaises pages consacrées aux petits ramoneurs.

Page 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10