Vaudois et protestants dans les états de Savoie-Piémont du XVIe au XVIIIe siècle
Auteur : F.MEYER - Niveau de lecture : Tous publics

Page 1 2

I Entre répression et coexistence pacifique (1530-1730) :

a) :Chronologie commentée :

1° Flux et reflux de la Réforme (1530-1630) :

SAVOIE

PIEMONT

1528-1533 : la Réforme triomphe à Berne, puis à Genève

1523 : Luther demande au duc Charles III de protéger les vaudois de ses Etats

1536 : Calvin à Genève ; occupation française de la Savoie du Sud et du Piémont; occupation bernoise et genevoise du Chablais, pays de Gex et Genevois : le culte réformé y remplace le catholicisme (1598)

1532 : synode de Chanforan (Val Luserne): les vaudois adhèrent à la Réforme calviniste sous l'impulsion de leurs barbes et de Guillaume Farel

1539 : répression des réformés par les Français (massacre des vaudois du Luberon en 1545) : Louis Curtet brûlé à Annecy

1535 : bible calviniste bilingue (français/latin) dite d' « Olivétan » imposée aux vaudois

1550 : Raphaël Bourdeille brûlé en effigie à St Jean de Maurienne

1555 : 5 protestants brûlés à Chambéry

1556-58 : création de l'Eglise calviniste du Piémont, malgré l'interdiction par le parlement de Turin. Bûchers à Aoste et Turin

1559-1561 : Emmanuel-Philibert recouvre ses Etats

1560-61 : répression par les comtes de Racconigi et Costa de la Trinité. Missions jésuites du père Possevino et collège à Turin (1561)

1564 : tolérance en Chablais

1561 : édit de tolérance de Cavour autorisant un culte limité

1589 : limitation du culte dans les bailliages de Thonon, Ternier-Gaillard, Gex

1588 : occupation du marquisat de Saluces peuplé de protestants, par Charles-Emmanuel I, et interdiction du culte

1594 : début des missions en Chablais et pays de Vaux par François de Sales et Chérubin de Maurienne

1592-1593 : répression des vaudois

1597-98 : occupation française

-

1598 : catholicisme seul autorisé

-

1599 : fondation de la Ste Maison de Thonon pour la reconquête catholique

-

1600 : occupation française

-

1602 : échec de l'Escalade contre Genève

1602 : arrêt de la répression

1603 : traité de St Julien avec Genève : les protestants autorisés à résider en Savoie

1617-23 : repression contre les barbes à Saluces, Suse, Barcelonnette

1630 : occupation française

-

2° Les aleas de la politique du prince (1630-1730) :

SAVOIE

PIEMONT

1622-86 : poursuite des conversions au protestantisme dans les bailliages et de l'émigration savoyarde à Genève

1655 : Pâques piémontaises ou massacre des vaudois par le marquis de Pianezza : émotion en Europe protestante (Cromwell). Résistance de Josué Janavel

1630-1670 : cohabitation pacifique des protestants et catholiques au spirituel comme au temporel. Surveillance des protestants par les juges-mages

1664 : patentes de grâce de Charles-Emmanuel II,sous la pression de Mazarin ; mais limitation de la liberté de culte

1662 : interdiction du protestantisme en pays de Gex français

1669 : Jean Léger, Histoire générale des Eglises évangéliques des vallées du Piémont ou vaudois,Leyde

1685 : révocation de l'édit de Nantes en France par Louis XIV

1686 : Victor-Amédée II doit interdire le protestantisme ; les troupes franco-savoyardes de Catinat imposent le catholicisme (2000 victimes)

1686 : répression des protestants français réfugiés en Savoie, sur ordre de Louis XIV à Victor-Amédée II. Interdiction du protestantisme en Savoie

1687 : exil des vaudois (2700) en Suisse, Allemagne, Ecosse sous la conduite d'Henri Arnaud

-

1687-88 : Résistance avec l'aide de l'Europe protestante ; échec du retour des vaudois dans leurs vallées

-

1688 : Josué Janavel, Instructions militaires,Genève

1690-1697 : guerre contre la France ; occupation française

1689 : Glorieuse rentrée des vaudois depuis Genève avec Janavel et Arnaud

-

1690 : résistance des vaudois aux troupes françaises

1703-1713 : occupation française ; loyauté des protestants

1697 : nouvelle vague d'exil (Wurtemberg)

1713 : bourse des Nouveaux-Convertis financée par le roi

1713 : limitation du culte en Val Pragelas

1720-1740 : limitation officielle des libertés protestantes (enseignement, domesticité) et cohabitation en pratique des 2 communautés

1726 : ouverture du temple de Turin ; les vaudois sont reçus comme « suisses » dans l'armée sarde

-

1730 : réitération des interdits concernant les protestants

b) : Développement :

1° Flux et reflux de la Réforme protestante (1530-1630)

La réforme protestante triomphe à Genève en 1533. La défaite militaire du duc de Savoie Charles III face aux Bernois-Genevois et aux Français en 1536 assure son succès et elle s'installe solidement au Sud et à l'Ouest du lac Léman.L'influence des idées de Calvin et de Farel s'étend sur Chambéry et la Maurienne. En 1532, au synode de Chanforan (Val Luserne, Piémont), la vieille hérésie médiévale des « Pauvres de Lyon » adhère au Calvinisme et à un modèle suisse et francophone. Signant la paix avec la France (1559) et avec Berne (1564), le nouveau duc Emmanuel-Philibert retrouve ses Etats et joue l'apaisement dans les questions religieuses en accordant en 1561 un édit de tolérance pour les protestants de son duché. Son successeur, Charles-Emmanuel I va mener, sans autre logique que ses intérêts diplomatiques immédiats, une politique tantôt répressive, tantôt bienveillante vis-àvis des protestants.Tour à tour il soutient les missions de conversion du capucin Chérubin de MaurienneI en Chablais et du jésuite Possevino en Piémont, puis il limite le culte protestant en Chablais en 1589, et l'interdit dans l'ensemble de ses Etats en 1598. Mais ses déboires face à la France de l'édit de Nantes (occupations en 1600 et en 1630), face à Genève (échec de « l'Escalade » en 1602) ne lui permirent qu'une répression en pratique modérée.

2° Les aleas de la politique du prince (1630-1730) :

La situation des protestants de Savoie-Piémont dépend au XVII° siècle très largement de l'attitude de la France à leur égard, et de la nécessité économique de s'entendre avec Genève, tant la Savoie vit dans cette double orbite. Jusque vers 1665, les conversions dans les deux sens sont nombreuses et au quotidien les deux communautés cohabitent assez bien, au grand scandale des autorités religieuses (compagnie des pasteurs de Genève, évêque d'Annecy, nonce apostolique à Turin). A l'image du durcissement de la situation des huguenots, en particulier en Dauphiné et en Val Pragelas, le duc Charles-Emmanuel II déclenche une très dure répression en 1655 contre les « vallées vaudoises » du Piémont (Pâques piémontaises), malgré la résistance de JanavelI. L'indignation de l'Europe protestante incite le duc à la clémence à Turin en 1664. Lorsque Louis XIV révoque l'édit de Nantes (1685), le duc hésite à poursuivre les Français qui se réfugient à Genève par la Savoie. Louis XIV lui impose en janvier 1686 d'interdire à son tour le protestantisme dans ses Etats. La résistance des vallées vaudoises est écrasée par les troupes franco-savoyardes. L'adhésion de la Savoie à la ligue d'Augsbourg contre la France va sauver les protestants et même permettre à un millier d'entre eux, réfugiés à Genève, de rentrer dans leurs vallées en 1689 ( Glorieuse rentrée). Mais les traités de Ryswick (1697) et d'Utrecht (1713) compromettent à nouveau leur existence au début du XVIII° siècle.

 

Page 1 2