La Savoie au Moyen-Age, 1032-1536
Auteur : Guido CASTELNUOVO - Niveau de lecture : Tous publics

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Introduction

De la fin, bien réelle, du royaume indépendant de Bourgogne, en 1032, à la chute, alors probable, de la principauté savoyarde lors de l’invasion française de 1536, la Savoie du Moyen Age a vécu une longue période de définitions et de transformations.

Trois fils conducteurs nous permettront de décrire au mieux ces cinq siècles d’histoire.

Le premier thème traite du mot même de Savoie et de sa signification. S’agit-il d’une aire géographique ou d’un espace politique? Nous verrons ainsi, tout d’abord, l’évolution géo-politique du XIe au début du XVIe siècle (1.- l’essor de la principauté *)

Le second thème renvoie aux différents lieux et protagonistes du pouvoir dans nos régions, des châteaux aux églises et à la principauté. Nous parlerons donc de seigneurs, de moines et d’officiers (2.- l’Eglise et le château*; 3;- villes anciennes et nouvelles*; 4.- le gouvernement de la principauté*)

Enfin, le troisième thème concerne la société savoyarde dans son ensemble. Nous découvrirons ses paysans, ses marchands et ses nobles, tout comme ses cultures, ses arts et ses lettres (5.- la société : montagnes, campagnes, villes*; 6.- la noblesse*; 7- arts et lettres*)

 

Très souvent, le destin médiéval de la Savoie, de ses princes et de ses terres, est présenté ainsi. A la base, dès le XIe siècle, il y aurait une dynastie de "portiers des Alpes" capables de dominer un "Etat de cols" qui verrouillait les plus importantes voies de passage des Alpes occidentales, du Montcenis aux deux Saint Bernard. Les succès savoyards trouveraient leurs origines dans une géographie alpine pleinement dominée. En vérité, cela n’est pas tout à fait exact. D’une part, nous avons déjà vu l’importance des Alpes occidentales, de leurs cols et de leurs vallées, tout au long de l’Antiquité et du haut Moyen Age. D’autre part, les princes de Savoie eux-mêmes ne se considèrent pas tels de simples gardiens de cols. De leurs vallées, ils rêvent de plaines, de lacs, de villes : du XIe au XVe siècle, l’essor savoyard vise le Rhône le Léman, la Bresse et plaine du Pô.

Cette évolution géo-politique modifie le sens même donné au mot "Savoie". Au départ, la "Saboia/ Savoia" des IXe-XIe siècles n’est autre que la Combe de Savoie. A l’arrivée, la "Sabaudia" des XIIIe-XVe siècles se définit comme l’ensemble des différents territoires dominés par les princes de Savoie sur les deux versants alpins.

Qu’est-ce donc que la Savoie médiévale? Il s’agit, au fond, d’un espace politique plus que d’une définition géographique.

Si la Savoie médiévale est un pur produit du politique, qui sont ses princes qui apparaissent dans le monde alpin aux environs de l’an Mil?

Quels sont, les principaux ingrédients de leur pouvoir et de leur succès?

Et encore, quelles sont les terres qu’ils dominent?

Enfin, quels rapports instaurent-ils avec les autres puissants, laïcs et ecclésiastiques?

Comment ces princes la dirigent-ils? Quels sont les lieux du pouvoir et de quelle manière vont ils évoluer au cours de ces cinq siècles médiévaux?

Les transformations sont indiscutables. Aux XIe et XIIe siècles, le comte n’est qu’un seigneur parmi d’autres. Il est certes l’un des plus puissants, mais il n’est pas le seul, loin de là. A ses côtés, et parfois même en concurrence ou en conflit avec lui, se trouvent d’autres comtes et évêques, des abbés et toute une panoplie de grands et de petits seigneurs.

L’essor de la principauté savoyarde va modifier ce tableau.

Ses princes se donnent une capitale, pour de nouvelles nécessités administratives. Ce sera Chambéry, ville sans histoire et sans évêque ; de simple bourgade elle devient le centre, politique plus que géographique, des terres savoyardes.

De Chambéry (au XVe siècle aussi de Turin et d’Annecy), les princes dirigent leurs terres grâce à une administration en essor. Le service du prince prend toute son importance : des savants juristes aux experts financiers, des spécialistes de la guerre aux agents de l’ordre public (baillis, châtelains, métraux).

Les princes de Savoie utilisent différents moyens pour contrôler et gouverner les territoires qu’ils ont soumis.

Qui habite ces terres et quelle est la composition de la société savoyarde de l’époque?

Il s’agit, tout d’abord, d’une société de campagne et montagne avec ses spécificités géographiques, physiques et humaines. Pourtant, en Savoie, la montagne n’est pas tout, loin de là. Aux côtés des paysans-éleveurs ruraux et montagnards se trouve une élite de marchands urbains qui prospère malgré la faiblesse des villes savoyardes.

Ensuite, en Savoie, la réussite sociale s’exprime par l’accès à la noblesse. Cette noblesse qui, longtemps rurale, est fondée sur le contrôle de châteaux, de terres et d’hommes. Ici comme ailleurs, c’est le prince qui anoblit ses proches et ses plus fidèles serviteurs. Ainsi, les contours mêmes de la noblesse se modifient au bas Moyen Age : le service princier et la réussite financière finissent par compter presque autant que le contrôle d’hommes et de terres.

Enfin, les princes et de leurs entourages jouent un rôle culturel considérable. Du XIVe au XVe siècle, la cour des comtes, puis ducs, de Savoie limite le monopole culturel traditionnellement aux mains de l’Eglise, de là l’essor de peintres, de musiciens et même d’historiens qui, dans leurs oeuvres, parlent moins de la Savoie que de leurs mécènes, les princes

 

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