Le tourisme lacustre en Savoie
Auteur : J.-C. VERNEX - Niveau de lecture : Tous publics

 

Le tourisme lacustre en Savoie

Les grands lacs alpins constituent aujourd'hui une ressource touristique importante de la Savoie. Il n'en a pas toujours été ainsi puisque au niveau local jusqu'au tournant du XIXe-XXe ils représentèrent davantage un espace utile (pêche, voie de communication facile) qu'un territoire de loisirs ou de contemplation esthétique.

L'invention du "beau paysage lacustre"

L'idée de trouver un paysage beau et digne d'admiration pour ses caractéristiques naturelles propres est une invention du XVIIIe siècle. Certains hommes de lettres, en particulier anglais ont, dès le milieu du XVIIIe siècle, jeté les bases de cette admiration. Le lac Léman joua un rôle fondamental en ce domaine grâce à J.J. Rousseau (La "Nouvelle Héloïse") et à bien d'autres célébrités. Mais aussi grâce au thermalisme. Après Amphion, Evian attira l'élite européenne qui, en complément de la cure, pouvait profiter des plaisirs de la contemplation tant sur le lac que sur ses bords.

Le développement de la navigation à vapeur sur les lacs de Savoie est un bon indicateur de la mise en tourisme de ces espaces. Elle débute en 1823 sur le Léman, vers 1838 sur le lac du Bourget (déjà "découvert" par Lamartine), en 1839 sur le lac d'Annecy. Sa période la plus faste se situera entre la fin du XIXe et 1914, période durant laquelle les lancements de bateaux de plus en plus gros et luxueux se succéderont pour satisfaire les besoins de la clientèle aisée des palaces. L'amélioration des moyens de transports, l'effort de promotion touristique et d'embellissement des "stations" conduiront sur nos rives les villégiateurs en quête d'air pur, de sensations nouvelles et de contemplation. Lac-décor dans lequel on ne plonge pas encore.

L'attractivité des lacs : la santé par le sport

La véritable mise en tourisme des lacs pour eux-mêmes débute justement avec le développement des différents sports nautiques. De nouvelles relations à l'eau vont conduire à l'invention d'une ressource touristique cette fois fondée sur les qualités du plan d'eau. Ceci en liaison avec le grand mouvement vers la santé par les exercices en milieu naturel qui commence à pénétrer les mentalités dans la deuxième moitié du XIXe siècle et auquel peut se rattacher l'alpinisme.

"Se fortifier au grand air" sera la devise des différents clubs nautiques se constituant dans les années 1880 sur les rives des lacs savoyards. Le yachting, réservé à une élite sociale, aura comme objectif principal d'organiser des régates (aviron et voile). Mais c'est très certainement la natation qui imposera une nouvelle dimension à la ressource-lac, un lac-été devenant dans son ensemble une véritable "plage".

Diffusée essentiellement par les estivants, cette pratique de l'eau se développera autour des hôtels dès les débuts du XXe siècle et se donnera à voir (concours de natation, premières traversées de lac). Durant l'Entre-Deux-Guerres, ce nouveau sport sera perçu par certains comme un atout touristique à développer par l'intermédiaire d'espaces réservés, adaptés aux besoins d'une clientèle aisée et "avangardiste". La plage "moderne, élégante et sportive" deviendra un équipement incontournable de toute station balnéaire lacustre digne de ce nom entre 1928 et 1935.

L'ère des "femmes cuites" : les lacs de Savoie dans la société des loisirs

La plage moderne sera également un haut lieu de démonstration de nouveaux rapports aux éléments naturels, en particulier au soleil. La mode du bronzage gagnera les lacs de Savoie durant l'Entre-Deux-Guerres donnant une nouvelle signification au rapport à l'eau : l'eau prétexte à la dénudation des corps. Le lac, lieu de recherche du plaisir, accentuera l'image simplificatrice d'un lac-été, bleu et ensoleillé, en liaison avec l'engouement de plus en plus fort pour la vie en plein air et avec le processus de démocratisation des loisirs et du tourisme.

Ce processus, qui prendra toute sa signification après la deuxième guerre mondiale entraînera la fin de "l'âge d'or" du tourisme de luxe au bord des lacs et une mutation profonde, au niveau social, des hébergements comme des pratiques. Le camping par exemple, deviendra, en nombre de lits, le type d'hébergement dominant, si l'on ne compte pas les résidences secondaires qui envahiront également ces espaces. L'élévation du niveau de vie, la mobilité plus grande des "touristes", la standardisation des embarcations, la valorisation des activités en milieu "naturel", contribueront à augmenter l'attractivité des rives lacustres, attractivité d'autant plus forte que la croissance urbaine régionale intégrera de plus en plus les lacs à un espace de loisirs de proximité recherché.

Les lacs de Savoie entre développement et protection

Aujourd'hui, la problématique centrale du tourisme lacustre en Savoie tourne surtout autour de la maîtrise des activités de loisirs sur les plans d'eau et de la protection du patrimoine naturel et humain de façon à privilégier un tourisme de qualité respectueux d'une identité lacustre qui plonge ses racines dans l'histoire même des débuts du tourisme alpin.

 

 

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