Vignes et vins de Savoie
Auteur : Maurice MESSIEZ- Niveau de lecture : Tous publics

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La vigne et les Alpes

De Pont de Beauvoisin à Hermillon en Maurienne ou à Bellentre en Tarentaise en passant par la Cluse de Chambéry et la Combe de Savoie, de Jongieux à Thonon-les-Bains sur les rives du Léman en remontant le Rhône, de Juvigny à Passy dans le Faucigny que parcourt l'Arve, on découvre d'imposants vignobles ou, dans les vallées, sur de larges cônes d'alluvions et quelques hauts adrets bien exposés, des vignes isolées de paysans qui témoignent encore de l'extension de la viticulture en Savoie au début du XX ème siècle. Cette vision d'une culture méditerranéenne très symbolique a toujours surpris le voyageur qui s'engageait dans ce monde de la haute montagne.

Vignoble de Torméry. Photo Maurice Messiez.

C'est ainsi que l'Anglais Coryat, parcourant la Combe de Savoie en 1608, s'exclame :

"Sur tout le chemin entre Chambéry et Aiguebelle, je vis une abondance infinie de pieds de vignes plantés au pied des Alpes, de chaque côté de la route, en si grandes quantités qu'ils étaient deux fois plus nombreux pour un espace aussi restreint que dans le reste de la France ; leur nombre était si grand, sur une longueur de dix milles entiers, qu'on ne pouvait apercevoir sous les Alpes de place vide et inculte. Tout était planté de vignes sur les deux versants, je crois qu'il devait bien y avoir 4000 clos. Ces vignes, à mon grand étonnement, étaient situées dans des endroits si merveilleusement escarpés qu'il semblait presque impossible que des vignerons puissent y travailler tant était forte la pente de la colline. J'observai aussi dans ces clos de vignes une grande quantité de celliers : chacun en avait un particulier et séparé. Ces constructions servent pour presser le raisin et faire le vin et contiennent tout ce qui est nécessaire à cet usage..."

Exagération mise à part, l'ancienne mappe sarde de 1730 témoigne bien de l'existence d'un grand nombre de parcelles de vignes réparties parmi toutes les provinces d'alors et dans des paroisses dont l'altitude est parfois jugée aujourd'hui incompatible avec la qualité des raisins nécessaire pour faire du vin.

    

Vigne à Ayse (Faucigny), 500 m d'altitude. Photo Maurice Messiez.

Faudrait-il pour autant penser que la vigne n'est pas à son aise en montagne ?. Ce serait une contre-vérité, niant la modestie des exigences des ceps et la réalité de la situation géographique de la Savoie, comme d'ailleurs celle de ses voisins, Valais, Vallée d'Aoste. Cette plante n'est ni particulièrement exigeante ni fragile, elle s'accommode assez bien de sols variés pourvu qu'ils soient aérés et légers, elle ne craint pas le froid et moins encore la chaleur, au contraire ; l'altitude ne la gêne vraiment qu'au-dessus de 700 mètres, mais là aussi l'affirmation est à moduler car l'exposition joue alors un rôle primordial. Ce n'est donc pas le climat tempéré du 45 ème parallèle frôlant la Savoie au sud qui pose problème ni même les hauts sommets des grandes vallées, suffisamment larges pour que le soleil darde à la perpendiculaire ses rayons durant plus de dix heures l'été et 2000 heures par an sur les adrets, mais les conséquences de l'altitude, laquelle entraîne un abaissement des températures et plus d'humidité. Aussi, si l'exposition est bonne, la pente contrecarre, au moins jusqu'à 600 ou 700 mètres, les effets négatifs de l'altitude, même au-delà parfois, puisque quelques vignes, bien rares il est vrai, grimpaient au-dessus d'Orelle en Maurienne, près des Chapelles en Tarentaise et à Passy dans le Faucigny, soit à peine au-dessous de 1 000 mètres. Aussi, comme la vigne ne craint guère le froid ou la neige durant l'hiver, que sur l'année elle a besoin d'une température moyenne de 11° environ et, durant l'été, de 18° pour que le raisin mûrisse, fréquents sont les coteaux ou les flancs de massif qui lui conviennent en Savoie, d'autant mieux qu'ils sont pierreux et reçoivent assez de pluie, de 800 à 1000 mm, en évitant l'humidité. En résumé, sauf dans des fonds de vallée encaissés où n'existent pas d'adrets secondaires orientés est ou ouest, les ceps vivent bien en Savoie comme dans les Alpes en général.

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